Le gouvernement allemand a franchi une étape décisive dans sa tentative de redressement économique. Le chancelier Friedrich Merz a présenté, jeudi 2 juillet à Berlin, un compromis arraché après des mois de discussions entre les partenaires de la coalition. Parmi les mesures annoncées figure une réforme des retraites qui modifie en profondeur le système par répartition du pays.
Les grandes lignes de la réforme des retraites
Le volet retraites, inspiré des travaux d’une commission indépendante, repose sur trois piliers. L’âge légal de départ sera relevé progressivement au-delà de 67 ans. En parallèle, l’assiette des cotisations sera élargie afin d’intégrer davantage de revenus dans le financement du système. Enfin, une dose de capitalisation obligatoire sera introduite, venant compléter le dispositif par répartition. Ces mesures doivent être adoptées d’ici la fin de l’année.
« Nous veillons à préserver notre État providence », a déclaré Friedrich Merz lors de la conférence de presse, estimant que ce compromis permettrait d’alléger la charge pesant sur les salariés et les entreprises, tout en réduisant la bureaucratie.
Un paquet fiscal qui accompagne la réforme
La réforme des retraites s’inscrit dans un plan plus vaste destiné à relancer l’économie allemande, confrontée à une croissance atone et à une montée de l’extrême droite dans les sondages. Le gouvernement a également annoncé un allègement fiscal de dix milliards d’euros sur l’impôt sur le revenu pour les foyers modestes et les classes moyennes. En contrepartie, la fiscalité des contribuables les plus aisés sera alourdie.
« Les plus hauts revenus contribueront davantage. C’est une question d’équité si nous voulons faire avancer le pays », a souligné le ministre social-démocrate des Finances, Lars Klingbeil. De son côté, la ministre du Travail, Bärbel Bas, membre du SPD, s’est dite « très reconnaissante » d’avoir « réussi à trouver ensemble ce chemin ».
Un enjeu politique crucial pour la coalition
L’annonce de ce compromis intervient après un peu plus d’un an de mandat pour Friedrich Merz, dont le bilan était jusqu’ici jugé limité. La coalition, composée des conservateurs (CDU/CSU) et des sociaux-démocrates (SPD), cherchait à démontrer sa capacité à réformer un pays confronté à des défis multiples : coût élevé de l’énergie et du travail, bureaucratie pesante, concurrence chinoise et barrières douanières américaines.
Le chancelier a dû rappeler ses troupes au printemps face à une économie oscillant entre récession et stagnation, et à une extrême droite qui le devançait dans les intentions de vote. La présentation de ces réformes vise à redonner un cap et à convaincre les électeurs avant des échéances régionales cruciales.
Une réforme des retraites qui rompt avec le passé
L’introduction d’un volet par capitalisation dans le système de retraite allemand constitue un changement de paradigme. Jusqu’ici, le pays s’appuyait quasi exclusivement sur un système par répartition. L’augmentation progressive de l’âge de départ, déjà prévue avant 67 ans, sera donc portée au-delà de ce seuil, sans que le gouvernement n’ait précisé la borne exacte. L’élargissement de l’assiette des cotisants devrait, quant à lui, permettre de mieux répartir le financement entre générations et statuts professionnels.
Ces mesures devront encore être traduites en texte législatif avant la fin de l’année. Leur adoption ne fait toutefois guère de doute, la coalition disposant d’une majorité au Bundestag. Reste à savoir si elles suffiront à redonner confiance aux marchés et aux citoyens dans un contexte économique toujours fragilisé.