Le gouvernement a officiellement renoncé au projet de liaison autoroutière destinée à contourner Rouen par l'est, mettant un terme à plusieurs décennies de réflexions et de controverses. Cette infrastructure, régulièrement présentée comme une solution aux embouteillages chroniques de l'agglomération rouennaise, ne verra donc pas le jour.

L'annonce a été formulée par les services de l'État, qui ont souligné l'évolution des priorités en matière de mobilité et d'aménagement du territoire. Le projet, qui devait permettre de délester le trafic de transit du centre-ville de Rouen et de sa rive gauche, se heurtait à une opposition croissante de la part d'élus locaux, d'associations de défense de l'environnement et de citoyens.

Un dossier vieux de plusieurs décennies

L'idée de créer une voie rapide à l'est de Rouen remonte aux années 1970, mais n'avait jamais été concrétisée en raison de son coût, de son impact environnemental et des contestations judiciaires. Le projet le plus récent, souvent désigné sous le nom de « contournement Est », prévoyait la construction d'une autoroute à deux fois deux voies sur une vingtaine de kilomètres, reliant l'autoroute A13 au sud à l'autoroute A28 au nord, en passant par des secteurs boisés et agricoles.

Les opposants dénonçaient depuis longtemps l'artificialisation des sols, la fragmentation des habitats naturels et l'augmentation prévisible des émissions de gaz à effet de serre, alors même que la région normande s'est fixé des objectifs ambitieux de réduction de son empreinte carbone. Plusieurs recours avaient été déposés devant les tribunaux administratifs, sans pour autant aboutir à une annulation définitive du projet.

Un revanche pour les associations écologistes

La décision du gouvernement a été immédiatement saluée par les collectifs d'opposants, qui y voient une victoire de la mobilisation citoyenne et une reconnaissance des enjeux climatiques. « C'est une décision historique », a réagi un porte-parole d'une association locale de protection de l'environnement, estimant que l'État a enfin pris la mesure de l'urgence écologique. « Nous nous félicitons que le bon sens l'ait emporté sur la logique du tout-voiture », a-t-il ajouté, tout en appelant à des investissements massifs dans les transports en commun et les mobilités douces pour répondre aux besoins de déplacement des habitants.

Des alternatives à trouver

Du côté des élus et des acteurs économiques, la décision suscite des réactions plus mitigées. La chambre de commerce et d'industrie de Rouen a exprimé sa déception, rappelant que le contournement était considéré comme indispensable pour fluidifier le trafic poids lourds et améliorer l'accès au port de Rouen, un maillon stratégique de l'économie régionale. « Il faudra désormais explorer d'autres pistes pour désengorger l'agglomération », a déclaré un responsable local, sans préciser quelles mesures concrètes pourraient être mises en œuvre.

Le gouvernement a indiqué qu'il entendait désormais concentrer ses efforts sur le développement des transports en commun, notamment la modernisation de la ligne ferroviaire Rouen – Le Havre et la création de nouvelles liaisons de bus à haut niveau de service. Des études vont être lancées pour évaluer la faisabilité de ces alternatives et leur calendrier de réalisation.

Un signe fort pour la planification écologique

Cet abandon intervient dans un contexte où l'exécutif cherche à donner des gages de sa détermination à lutter contre le réchauffement climatique, après des mois de tensions sur la politique énergétique et les normes environnementales. Le renoncement à ce projet autoroutier, dont le coût était estimé à plusieurs centaines de millions d'euros, pourrait être interprété comme un signal adressé aux défenseurs de l'environnement, alors que d'autres grands projets d'infrastructures routières restent sur la table, notamment dans d'autres régions françaises.

La question du financement des alternatives se pose désormais avec acuité. Si le gouvernement a promis des investissements, aucun montant précis n'a encore été avancé. Les collectivités locales, de leur côté, devront trouver des solutions pour répondre aux besoins quotidiens de mobilité des quelque 500 000 habitants de la métropole rouennaise, tout en respectant les contraintes budgétaires qui sont les leurs.