Le CHU de Montpellier a dévoilé mardi 2 juin une initiative inédite à l’échelle européenne, intitulée « Alliance Santé IA », visant à intégrer l’intelligence artificielle au cœur de la prise en charge médicale. Ce projet a été présenté publiquement par le professeur David Morquin, directeur médical en charge de la gouvernance des données et de la stratégie IA de l’établissement, accompagné de Paul Rinaudo, fondateur et directeur général de la société ADLIN.

L’ambition affichée est de faire du CHU de Montpellier un laboratoire grandeur nature pour l’IA hospitalière, en développant des algorithmes capables d’assister les médecins dans le diagnostic, le suivi des patients ou encore la gestion des flux de soins. Ce projet se distingue par son approche holistique : il ne s’agit pas seulement de déployer des outils technologiques, mais de construire un écosystème réunissant chercheurs, cliniciens, industriels et pouvoirs publics. Le CHU montpelliérain entend servir de démonstrateur pour l’ensemble du continent.

Un partenariat public-privé au cœur de la stratégie

L’un des éléments clés du dispositif est la collaboration avec ADLIN, une entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée à la santé. Paul Rinaudo a souligné que l’objectif est de « transformer la donnée médicale en valeur clinique réelle », en créant des modèles prédictifs qui pourront être utilisés directement dans les services. Le partenariat repose sur une plateforme de données mutualisée, respectueuse des réglementations en vigueur, notamment le règlement général sur la protection des données (RGPD).

Le projet Alliance Santé IA prévoit le développement d’applications concrètes, comme l’analyse automatisée de clichés radiologiques, la prédiction de complications post-opératoires ou encore l’optimisation des prescriptions médicamenteuses. Les premiers retours d’expérience, selon les porteurs du projet, montrent des gains de temps significatifs pour les soignants et une amélioration de la précision des diagnostics.

Une reconnaissance européenne en construction

Le CHU de Montpellier n’en est pas à son premier pas dans le domaine du numérique en santé. L’établissement a déjà été précurseur avec le déploiement du dossier patient informatisé et la mise en place d’un entrepôt de données de santé. Avec Alliance Santé IA, il franchit une nouvelle étape en se positionnant comme un modèle de référence pour les hôpitaux européens. La Commission européenne suit de près ce type d’initiatives, qui pourraient inspirer des politiques de santé publique fondées sur l’IA.

Les deux intervenants ont insisté sur la nécessité de former les professionnels de santé à ces nouveaux outils et d’associer les patients à la réflexion éthique. Car si l’IA promet des avancées, elle soulève aussi des questions sur la protection des données, la responsabilité médicale et la place de l’humain dans la décision de soin. Alliance Santé IA entend y répondre en intégrant des comités d’éthique et des consultations citoyennes.

Un calendrier ambitieux

Les prochaines étapes du projet incluent l’extension des partenariats avec d’autres établissements hospitaliers français et européens, ainsi que le lancement de plusieurs études cliniques pour valider les algorithmes développés. D’ici deux ans, le CHU de Montpellier vise à déployer les premières applications à grande échelle dans ses services, avec l’espoir de réduire les inégalités d’accès à des soins de pointe par l’IA.

La présentation a eu lieu dans le cadre de l’émission Tech&Co Business, diffusée sur BFM Business, où le Pr David Morquin et Paul Rinaudo ont répondu aux questions de Frédéric Simottel. L’initiative montpelliéraine confirme que la France dispose d’un terreau fertile pour l’innovation médicale, à condition de fédérer les acteurs autour d’une vision partagée.