Un calendrier glissant vers l'horizon 2028
La prochaine génération de cartes graphiques destinées au grand public, connue sous le nom de code RDNA 5, ne pointerait pas le bout de son nez avant la toute fin de l'année 2027, selon des sources proches du dossier. Certains analystes évoquent même un possible glissement supplémentaire jusqu'en 2028. Ce délai, bien plus long que les cycles traditionnels de l'industrie, marque un changement de cap radical pour le fabricant de semi-conducteurs.
Historiquement, AMD renouvelait ses architectures gaming tous les deux à trois ans. La gamme actuelle RDNA 4, qui équipe les cartes récentes, avait été dévoilée en 2024. Un saut jusqu'à fin 2027 représenterait donc un intervalle d'environ trois ans et demi, un écart suffisamment important pour inquiéter les joueurs les plus exigeants, qui pourraient se tourner vers la concurrence.
L'intelligence artificielle, priorité absolue
Ce retard ne serait pas dû à des difficultés techniques, mais à une réorientation délibérée des priorités de l'entreprise. AMD aurait massivement redirigé ses équipes de conception vers le développement de ses accélérateurs pour l'intelligence artificielle, notamment les puces de la série Instinct et les solutions gravées en 3 nm destinées aux centres de données. Le marché de l'IA, en pleine expansion, offre en effet des marges nettement plus confortables que celui des composants gaming, où la pression concurrentielle et les coûts des nouveaux procédés de fabrication réduisent les profits.
Ce choix stratégique n'est pas totalement nouveau : la société a déjà, par le passé, donné la priorité à ses gammes serveur et entreprise. Toutefois, le sacrifice d'une génération entière de GPU gaming représente un pari risqué sur un segment où la marque doit déjà rattraper son retard sur son principal concurrent.
Quelles conséquences pour les joueurs ?
Pour les amateurs de jeux vidéo sur PC, cette annonce signifie que l'offre d'AMD pourrait rester figée pendant plusieurs années. Les cartes basées sur RDNA 4 devront donc continuer à faire face aux évolutions des titres les plus gourmands sans bénéficier d'une refonte architecturale. En parallèle, Nvidia, qui reste dominant sur le segment haut de gamme, pourrait en profiter pour creuser l'écart.
Certains observateurs estiment que ce décalage pourrait toutefois permettre à AMD de peaufiner davantage sa future architecture et de proposer un produit plus mature lors du lancement, mais le risque de perdre des parts de marché est bien réel, surtout si les performances des RDNA 4 ne suffisent plus face aux exigences des nouvelles technologies de rendu.
Un signal fort sur les priorités de l'industrie
Ce report illustre une tendance plus large : le secteur des semi-conducteurs, porté par la demande explosive en capacités de calcul pour l'IA, tend à délaisser les marchés de masse traditionnels. Les ressources des fondeurs sont limitées, et les coûts de développement des nouvelles gravures – notamment le passage au 3 nm – sont si élevés qu'ils imposent des choix drastiques.
AMD n'a pas commenté officiellement ces informations. Si la stratégie se confirme, le paysage du gaming sur PC pourrait connaître une recomposition dans les années à venir, les joueurs étant contraints de se tourner vers d'autres solutions, ou d'attendre plus longtemps pour mettre à jour leur configuration.