La ville d’Annecy est au cœur d’une controverse judiciaire et médiatique. Selon une enquête conjointe de Reporters sans frontières (RSF) et de l’hebdomadaire L’Essor Savoyard, plusieurs responsables de la mairie auraient tenté d’étouffer un témoignage accablant pour l’un de leurs élus. Ce témoignage, publié dans un hebdomadaire local, met en cause le premier adjoint au maire d’Annecy, Anthony Granger, pour des faits de viol.
D’après les investigations, des collaborateurs de la municipalité auraient acheté en nombre les exemplaires du journal dès sa parution, dans le but d’en épuiser les stocks et d’empêcher la diffusion des accusations. Une pratique qualifiée de « dévalisage » des points de vente par les enquêteurs. L’affaire est décrite comme « un mauvais polar » par les journalistes, tant les méthodes évoquées rappellent des scénarios de fiction.
Des achats massifs pour faire disparaître le journal
L’enquête de RSF et de L’Essor Savoyard détaille les modalités présumées de cette opération. Des émissaires de la mairie auraient sillonné les kiosques et les distributeurs de la ville pour acquérir le plus grand nombre possible d’exemplaires du numéro incriminé. L’objectif, selon les témoignages recueillis, était de réduire au maximum la visibilité du récit de la victime présumée, qui accusait Anthony Granger de viol.
Aucune confirmation officielle de la part de l’intéressé ou de la municipalité n’a été apportée à ce stade. Anthony Granger, premier adjoint au maire, n’a pas répondu publiquement aux accusations. La mairie d’Annecy, contactée par les enquêteurs, n’a pas fourni de commentaire substantiel sur les faits reprochés.
Un précédent qui interroge
Cette affaire n’est pas la première à susciter des interrogations sur les relations entre le pouvoir local et la presse à Annecy. Le fait qu’une collectivité puisse utiliser des deniers publics ou des ressources humaines pour neutraliser une information sensible pose la question de la liberté de la presse et de l’indépendance éditoriale.
L’enquête de RSF, organisation internationale de défense des droits des journalistes, et de L’Essor Savoyard, titre de la presse régionale, a été rendue publique après plusieurs semaines de travail. Les deux médias affirment avoir recueilli des témoignages directs de vendeurs de presse et de témoins des achats massifs.
Un élu au cœur de la tourmente
Anthony Granger, qui occupe le poste de premier adjoint au maire d’Annecy depuis plusieurs années, se retrouve désormais au centre de ce que certains appellent une tentative de censure. Le témoignage publié par l’hebdomadaire local mettait en cause sa conduite lors d’un événement privé, sans que le journal n’ait pu obtenir de réaction de sa part avant la parution. L’accusation de viol, si elle devait être confirmée par la justice, plongerait la municipalité dans une crise politique majeure.
Pour l’heure, aucune plainte officielle n’a été déposée, mais la diffusion de l’enquête de RSF et de L’Essor Savoyard relance le débat sur le traitement des violences sexuelles par les institutions locales. Les enquêteurs appellent les autorités à faire toute la lumière sur ces agissements présumés, afin de déterminer si des fonctionnaires ou élus ont outrepassé leurs prérogatives pour entraver la circulation de l’information.