La firme de Cupertino a officialisé ce lundi 8 juin 2026, en marge de la conférence mondiale des développeurs (WWDC), une décision qui risque de raviver le débat sur la souveraineté numérique européenne : Siri IA, la version dopée à l’intelligence artificielle de son assistant vocal, ne sera pas déployée sur les marchés français et de l’Union européenne. La raison invoquée par Apple tient en une phrase : les exigences de la réglementation européenne, en particulier le règlement sur les marchés numériques (DMA), n’ont pas été prises en compte par les législateurs.

Un désaccord de fond sur l’interopérabilité

Dans une déclaration transmise lors de la présentation de la nouvelle version d’iOS 26, les responsables de l’entreprise ont affirmé que « les préoccupations d’Apple ont été complètement ignorées » par les institutions européennes. Le point central du conflit porte sur les obligations d’interopérabilité imposées par le DMA, qui contraindraient le groupe à ouvrir certaines briques logicielles de son assistant à des services concurrents. Apple considère que ces exigences compromettent la protection des données personnelles et la sécurité des utilisateurs, deux arguments déjà avancés dans d’autres dossiers confrontant l’entreprise à Bruxelles.

L’assistant vocal enrichi par l’IA générative devait permettre des interactions plus naturelles, une meilleure compréhension du contexte et la réalisation de tâches complexes directement depuis la voix. Si les fonctionnalités d’Apple Intelligence — l’ensemble des outils d’IA du groupe — seront bien accessibles en Europe, Siri IA en tant que tel reste cantonnée aux territoires jugés compatibles avec la stratégie de verrouillage logiciel de la marque.

Paris et Berlin privés d’une vitrine technologique

La décision prive la France et d’autres grands marchés européens d’une fonctionnalité présentée comme l’une des innovations majeures de l’année pour l’écosystème Apple. Les utilisateurs français d’iPhone, d’iPad et de Mac ne pourront pas bénéficier des capacités conversationnelles avancées de Siri ni de son intégration renforcée avec les applications natives et tierces. Apple n’a pas précisé si cette absence serait temporaire ou définitive, mais le ton employé par ses représentants laisse entendre que le groupe ne compte pas faire de compromis sur ce point.

Un bras de fer récurrent avec Bruxelles

Ce n’est pas la première fois que la Pomme utilise le prétexte de la conformité réglementaire pour justifier un retard ou une absence de lancement en Europe. En mars 2024, Apple avait déjà retardé le déploiement d’Apple Intelligence dans l’UE en invoquant des incertitudes juridiques liées au DMA. Plus récemment, la société avait renoncé à proposer certaines fonctionnalités de l’Apple Watch (détection de l’apnée du sommeil, suivi de la fertilité) sur le marché européen, évoquant des litiges sur les brevets et des exigences réglementaires locales.

Fait notable, l’annonce de ce blocage intervient alors que la Commission européenne examine de près les pratiques d’Apple concernant son système d’exploitation mobile. En mars 2025, Bruxelles a infligé une amende de 1,8 milliard d’euros au groupe californien pour abus de position dominante sur le marché de la diffusion de musique en streaming, une sanction liée aux restrictions imposées aux développeurs tiers. Le dossier Sori IA pourrait constituer un nouveau motif de friction entre le géant de la tech et les régulateurs européens.

Quelles conséquences pour les consommateurs français ?

Dans l’immédiat, les utilisateurs hexagonaux ne verront pas apparaître la fonctionnalité sur leurs appareils. Apple n’a pas précisé si des alternatives ou des versions allégées de l’assistant seraient proposées sur les marchés exclus. Les analystes estiment que cette situation pourrait pousser certains consommateurs à se tourner vers des solutions concurrentes — Google Assistant ou Alexa — qui proposent déjà des fonctionnalités d’IA générative en Europe.

Interrogée sur le sujet lors de la keynote, la direction d’Apple s’est contentée de renvoyer à une déclaration écrite, appelant à une « évolution du cadre réglementaire » qui permettrait de concilier innovation et conformité. La balle est désormais dans le camp de Bruxelles, qui pourrait répondre par de nouvelles procédures ou, au contraire, engager un dialogue technique pour trouver une issue.

La décision d’Apple intervient alors que l’Union européenne prépare un renforcement de son arsenal législatif sur l’intelligence artificielle, avec l’entrée en application progressive de l’AI Act. Cette nouvelle couche réglementaire pourrait rendre encore plus complexes les futures stratégies de déploiement des entreprises américaines sur le marché européen.