Un bras de fer engage entre Apple et l’Union européenne

Le conflit entre le géant californien et les autorités européennes a pris une nouvelle dimension. Après l’annonce par Apple du report sine die de sa version intelligente de Siri — baptisée « Siri AI » — sur le marché européen, la Commission européenne a répliqué en dénonçant une décision « totalement inacceptable ». L’exécutif européen a fait savoir qu’il n’appartenait pas à une entreprise privée de juger de la conformité de ses propres produits avec le droit communautaire, et qu’il entendait contester ce blocage par les voies juridiques appropriées. Selon les services de la concurrence, Apple aurait utilisé les obligations du Digital Markets Act (DMA) comme un prétexte pour refuser aux utilisateurs européens l’accès à une innovation déjà disponible aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans plusieurs autres régions du monde.

La justification d’Apple contestée point par point

La firme à la pomme avait invoqué les exigences du DMA, qui impose notamment aux « contrôleurs d’accès » (gatekeepers) comme Apple d’ouvrir leurs systèmes à des services tiers. Apple estimait que les « exigences d’interopérabilité » imposées par la législation européenne rendaient impossible le déploiement de Siri AI sans compromettre la sécurité des utilisateurs ou la protection de leurs données personnelles. Bruxelles a rejeté cette argumentation avec fermeté : la Commission a rappelé que le DMA prévoit des mécanismes de dialogue et de consultation, et qu’aucune demande de dérogation formelle n’avait été présentée par l’entreprise américaine. « S’ils estiment que le règlement leur pose un problème, ils peuvent nous en parler, pas décider seuls de priver les Européens d’une fonctionnalité », a déclaré un porte-parole de la Commission, cité par plusieurs sources.

Les implications du Digital Markets Act au cœur du litige

Le DMA, entré en vigueur en 2023, vise à garantir une concurrence loyale dans le secteur numérique en imposant aux grandes plateformes des obligations de transparence, d’interopérabilité et de non-discrimination. Apple est désigné comme « contrôleur d’accès » pour son système d’exploitation iOS, et doit donc permettre aux applications concurrentes d’accéder à certaines fonctions du système — y compris l’assistant vocal. En bloquant Siri AI, Apple contournerait selon Bruxelles l’esprit même du règlement, qui est de favoriser l’innovation ouverte plutôt que de la restreindre. La Commission envisage désormais d’ouvrir une procédure formelle pour non-respect du DMA, ce qui pourrait exposer Apple à des sanctions financières pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires mondial.

Réactions politiques et économiques

Plusieurs eurodéputés ont salué la fermeté de l’exécutif européen, estimant que ce dossier constituait un test décisif pour l’application du DMA. Le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, a mis en garde contre toute « stratégie de contournement » des règles communes. De son côté, l’Autorité de la concurrence française a également indiqué suivre le dossier avec attention. Apple, pour l’instant, n’a pas officiellement répondu aux accusations de la Commission, mais des sources proches du dossier affirment que l’entreprise maintient sa position et envisage de saisir la justice européenne pour contester une éventuelle procédure. Les investisseurs observent de près ce différend, qui pourrait avoir un impact significatif sur la stratégie de déploiement des produits Apple en Europe, deuxième marché mondial de la marque.

Quel avenir pour Siri AI en Europe ?

Pour les consommateurs européens, l’horizon reste incertain. Même si Bruxelles obtient gain de cause, le processus juridique pourrait prendre plusieurs mois, voire années. En attendant, les utilisateurs d’iPhone dans l’UE resteront sans la version améliorée de l’assistant vocal, tandis que leurs homologues américains et britanniques en profiteront. Ce décalage illustre les tensions croissantes entre la régulation technologique européenne et les stratégies commerciales des grandes firmes américaines, un rapport de force appelé à se durcir dans les années à venir.