Apple, longtemps symbole de l’intégration verticale – du processeur au système d’exploitation –, s’apprête à faire appel à deux rivaux pour redonner vie à son assistant vocal Siri. Selon des informations concordantes, la firme de Cupertino confierait le traitement de Siri au cloud de Google et utiliserait les puces Nvidia Blackwell B200 pour l'entraînement et l'exécution de ses modèles.

Un modèle Gemini sur mesure

Le nouveau Siri reposerait sur une version adaptée du modèle Gemini de Google, fort de 1 200 milliards de paramètres. L'accord, pluriannuel, serait estimé à environ un milliard de dollars par an. Avant d'arrêter ce choix, Apple aurait évalué les offres d'OpenAI (ChatGPT) et d'Anthropic (Claude). Claude aurait longtemps fait figure de favori, une version maison ayant même été testée sur les propres serveurs d'Apple. Mais les discussions auraient buté sur le prix : Anthropic réclamait plusieurs milliards de dollars par an, un montant qui devait doubler sur trois ans. Google, déjà lié à Apple par un accord de 20 milliards de dollars pour être le moteur de recherche par défaut sur iPhone, se serait révélé bien moins cher, dans un contexte juridique considéré comme plus confortable par la firme californienne. OpenAI, de son côté, posait d'autres difficultés, liées notamment au recrutement d'ingénieurs et à un projet de matériel concurrent.

Une dépendance assumée

Pour supporter la charge de calcul nécessaire à un assistant utilisé par des centaines de millions d'iPhone, Apple s'appuierait sur l'infrastructure de Google et sur les accélérateurs de Nvidia, les puces Blackwell B200. Celles-ci sont actuellement les plus utilisées pour l'entraînement des grands modèles de langage, et aucun fabricant ne semble encore en mesure de les remplacer. Le champion de l'intégration verticale se retrouve ainsi à louer le cerveau de son assistant à un concurrent et sa puissance de calcul à un autre.

Cette décision interroge sur la promesse de confidentialité d'Apple. La firme assure que le traitement reste sur l'appareil ou dans son Private Cloud Compute, mais faire tourner un modèle de Google sur ses serveurs soulève des questions. Pour la refonte plus profonde attendue lors de la prochaine conférence des développeurs (WWDC), les deux entreprises évoqueraient un hébergement direct sur les serveurs de Google.

Un calendrier étalé

Une première version de Siri dopée à Gemini est attendue dès le printemps à venir, avant une refonte complète plus tard dans l'année. Le nouvel assistant promet des conversations suivies et la capacité d'enchaîner des actions entre applications, loin du Siri actuel, souvent jugé limité. Apple continue par ailleurs d'utiliser Claude en interne pour le développement de ses produits, signe que le désaccord avec Anthropic portait sur le coût, non sur la qualité du modèle.

En s'offrant un Siri enfin compétitif, Apple accepte de perdre une partie de son indépendance technologique. Pour l'utilisateur, le bénéfice attendu est un assistant plus performant, tandis que la dépendance aux infrastructures de Google et Nvidia reste masquée.