Un contrat de location à 920 millions de dollars par mois

Google, via sa maison mère Alphabet, a conclu un accord avec SpaceX pour louer un cluster d'environ 110 000 GPU Nvidia hébergé dans les infrastructures de l'entreprise d'Elon Musk. Le montant mensuel de cette location s'élève à 920 millions de dollars, selon des informations concordantes. Ce contrat s'ajoute à un précédent accord, signé avec Anthropic, qui verse déjà 1,25 milliard de dollars par mois pour occuper l'intégralité du datacenter Colossus 1, situé près de Memphis. L'entrée en Bourse de SpaceX est prévue le 12 juin sur le Nasdaq, sous le symbole SPCX, avec une ambition de lever 75 milliards de dollars pour une valorisation de 1 750 milliards de dollars. Les deux contrats de location garantiraient à l'entreprise près de 75 milliards de dollars de revenus futurs contractualisés.

Colossus 1, un supercalculateur sous-exploité

Ce datacenter avait été initialement construit en 2024 par xAI, la division intelligence artificielle d'Elon Musk, en seulement 122 jours. Avec plus de 220 000 GPU Nvidia mêlant plusieurs architectures (H100, H200, GB200), Colossus 1 était présenté comme l'un des clusters les plus puissants au monde. Destiné à l'entraînement de Grok, le concurrent de ChatGPT et Claude, il s'est rapidement heurté à un problème de parallélisation lié à son architecture hétérogène. xAI a reporté sa charge d'entraînement vers le nouveau Colossus 2. Parallèlement, Grok n'a pas rencontré le succès escompté : ses utilisateurs actifs quotidiens sur mobile sont passés de 13,9 millions en mars 2026 à 12,2 millions en avril, soit une baisse de près de 13 % en un mois (plus de 16 % aux États-Unis). Dans ce contexte, Colossus 1 ne tournait qu'à 11 % de sa capacité, selon un document interne, loin des 35 à 45 % habituels pour ce type d'infrastructure. Le segment IA de SpaceX affichait une perte d'exploitation de 2,47 milliards de dollars au premier trimestre 2026, pour environ 800 millions de dollars de revenus.

Un virage stratégique pour SpaceX

Face à ces difficultés, SpaceX a décidé de louer ses infrastructures à des concurrents. Elon Musk avait pourtant publiquement critiqué Anthropic, la qualifiant notamment de « malveillante », de « misanthrope » et de « woke ». Il a néanmoins signé avec cette entreprise un contrat d'exclusivité sur Colossus 1 pour 1,25 milliard de dollars par mois, déclarant par la suite que personne chez Anthropic « n'avait déclenché son détecteur de malveillance ». L'accord avec Google s'inscrit dans la même logique de monétisation d'une capacité de calcul devenue excédentaire.

Un contexte financier tendu pour Alphabet

Alphabet, souvent présenté comme le détenteur de la plus grande capacité de calcul IA au monde, n'échappe pas à la pression. Le groupe a prévu 185 milliards de dollars de dépenses d'investissement pour 2026, soit le double de l'année précédente, face à une demande pour Gemini Enterprise qui a dépassé les prévisions. Pour financer ces investissements, Alphabet a levé près de 31,5 milliards de dollars de dette en février 2026, dont une tranche obligataire à 100 ans libellée en livres sterling : 1 milliard de livres à 6,125 %, avec une demande dix fois supérieure à l'offre. Il s'agit de la première obligation centenaire émise par une entreprise technologique depuis Motorola en 1997. Même avec 126 milliards de dollars en caisse, le rythme de construction de datacenters et d'achat de GPU ne peut être soutenu sans recours à la dette.

Les limites de calcul, un enjeu pour les utilisateurs

Ces accords de location ont des conséquences concrètes pour les utilisateurs. Les plafonds d'utilisation de services comme Claude, Gemini ou ChatGPT sont directement liés à la puissance de calcul disponible. Anthropic l'a démontré le jour de l'annonce de son contrat avec SpaceX : la société a doublé les limites d'utilisation de Claude Code. Pour les utilisateurs français, la disponibilité des modèles d'IA générative dépend donc en partie des capacités de calcul allouées par ces géants technologiques.

La superposition de la course à l'introduction en Bourse et de la course au calcul révèle un paysage paradoxal. Elon Musk, qui avait bâti Colossus pour dominer l'intelligence artificielle, se retrouve désormais à louer ses infrastructures à ses concurrents directs, assurant ainsi des revenus colossaux pour SpaceX tout en finançant indirectement le développement de modèles rivaux.