Le musicien, auteur et comédien Areski Belkacem est mort à l'âge de 86 ans, ont annoncé ses proches. Compagnon indissociable de la chanteuse Brigitte Fontaine, avec laquelle il a formé un duo artistique et sentimental hors du commun, il s'est éteint dans la nuit du 31 mai au 1er juin, selon un communiqué de sa famille.

Né le 10 septembre 1940 à Paris, d'un père kabyle et d'une mère bretonne, Areski Belkacem a grandi dans un milieu modeste. C'est dans les années 1960 qu'il rencontre Brigitte Fontaine, alors jeune chanteuse en vogue. Leur rencontre marque le début d'une collaboration qui durera plus de cinq décennies. Ensemble, ils ont inventé un univers poétique, absurde et libertaire, à la croisée de la chanson, du théâtre et de la performance.

Un créateur protéiforme

Areski Belkacem n'était pas seulement le musicien et compositeur de Brigitte Fontaine. Il était également un auteur de textes, un metteur en scène et un acteur. On lui doit la mise en scène des spectacles de la chanteuse, ainsi que la composition des musiques de nombreux albums, dont le célèbre « Comme à la radio » (1969) ou « Les Fleurs du mal » (1971). Sa guitare, qu'il jouait avec une économie de moyens mais une grande expressivité, a donné sa couleur si particulière à la musique du duo.

Au théâtre, il a travaillé avec des metteurs en scène comme Jacques Seiler et a fondé la compagnie « Le Théâtre de la Nuit ». Au cinéma, on a pu le voir dans des films de Marguerite Duras ou de Jean-Luc Godard, notamment « Le Gai Savoir » (1969).

Une vie à deux, une œuvre commune

La relation entre Areski Belkacem et Brigitte Fontaine a toujours été un mystère pour le public. Ils ne se sont jamais mariés, mais ont vécu ensemble toute leur vie, dans un appartement parisien du 14e arrondissement. Leur complicité était totale, sur scène comme à la ville. « On ne s'est jamais quittés », confiait Brigitte Fontaine dans une interview. « Il est ma moitié, mon double, mon contraire. »

Dans les années 1970, le duo a connu une période faste, avec des albums cultes comme « Ah! Ah! Ah! » (1973) ou « Les Insomnies » (1975). Mais leur indépendance d'esprit et leur refus des compromis les ont parfois éloignés des projecteurs. Ils ont ensuite connu une traversée du désert, avant d'être redécouverts par une nouvelle génération dans les années 2000.

Un héritage qui perdure

La nouvelle de sa mort suscite une vague d'émotion dans le milieu artistique. De nombreux artistes, de Matthieu Chédid à Philippe Katerine, ont salué la mémoire d'un créateur « libre et intègre ». Le ministre de la Culture a rendu hommage à « un artiste rare, dont l'œuvre discrète et exigeante a marqué la chanson française ».

Areski Belkacem laisse derrière lui une œuvre considérable, qui continue d'influencer les musiciens d'aujourd'hui. Son nom restera à jamais associé à celui de Brigitte Fontaine, mais il était bien plus que le « musicien de » : un créateur à part entière, dont la patte singulière a façonné un pan entier de la culture française.

Les obsèques auront lieu dans la plus stricte intimité, a précisé la famille.