Le monde de la chanson française perd une de ses âmes les plus discrètes et pourtant les plus fécondes. Areski Belkacem, musicien d’origine kabyle, compagnon indissociable de Brigitte Fontaine, s’est éteint ce lundi 1er juin à l’âge de 86 ans. Sa disparition a été confirmée par son entourage, mettant fin à une vie de création libertaire et de fidélité artistique.
Né en Algérie, Areski Belkacem s’installe très jeune en France. C’est dans les années 1960 qu’il croise la route de Brigitte Fontaine, alors chanteuse et auteure en pleine ascension. Leur rencontre donne naissance à une collaboration artistique d’une rare intensité, qui durera plus de cinq décennies. Ensemble, ils explorent les marges de la chanson, mêlant poésie surréaliste, jazz, musiques du monde et avant-garde. Areski, multi-instrumentiste, arrangeur et compositeur, imprime sa patte sur des albums devenus cultes, comme « Comme à la radio » (1969) ou « L’Incendie » (1974).
Un musicien libertaire et indépendant
Libre et rebelle, Areski n’a jamais cédé aux sirènes du commerce. Il a construit une œuvre à l’écart des modes, fidèle à un idéal de création sans compromis. Sa musique, souvent qualifiée de « bohème », puise dans les traditions kabyles, le free jazz et la chanson française pour produire un son unique, à la fois rugueux et tendre. Il a également composé pour le théâtre et le cinéma, tout en restant farouchement en retrait des projecteurs. « Il était plus intéressé par la musique que par la gloire », résume une de ses proches.
Sa complicité avec Brigitte Fontaine ne s’est jamais démentie. Le duo a formé l’un des couples les plus emblématiques et les plus singuliers de la scène hexagonale. Leur maison-atelier, temple de la création, a vu défiler des générations d’artistes en quête d’authenticité. Ensemble, ils ont publié une dizaine d’albums, dont « Les Désamants » (1998) ou « Prohibition » (2004), et ont donné des concerts mémorables, où l’improvisation et l’émotion brute régnaient.
Un héritage musical intact
Bien que discret, Areski laisse une empreinte profonde dans le paysage musical. Son œuvre, traversée par une exigence artistique et une liberté absolue, continue d’influencer des artistes contemporains. Plusieurs hommages ont commencé à affluer sur les réseaux sociaux, saluant un « immense poète » et un « musicien hors pair ». Le ministre de la Culture a également exprimé sa tristesse, évoquant « une voix de la différence et de la poésie qui s’éteint ».
Areski Belkacem repose désormais en paix, mais sa musique, elle, ne s’éteindra pas. Elle demeure le témoignage vibrant d’un homme qui a vécu pour l’art, avec une passion discrète mais indomptable.