Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a proclamé lundi 8 juin au petit matin sa victoire aux élections législatives anticipées, un scrutin considéré comme un test décisif pour l’orientation géopolitique du pays. S’exprimant lors d’une conférence de presse, il a qualifié ce résultat de « victoire historique », alors que les premières données officielles le placent largement en tête.

D’après les chiffres de la commission électorale centrale portant sur une partie des bureaux de vote, le parti Contrat civil, formation du Premier ministre, obtenait entre 49,8 % et 52,5 % des suffrages selon l’état du dépouillement. Ce score lui assure la majorité des sièges au Parlement, conformément au mode de scrutin complexe en vigueur en Arménie. L’alliance Arménie forte, dirigée par l’homme d’affaires russo-arménien Samvel Karapetian, recueillait environ 23,2 % des voix, tandis que l’alliance Arménie de l’ex-président Robert Kotcharian atteignait près de 9 %. Le Parti Arménie prospère franchissait le seuil électoral avec 4,6 %. La participation s’établissait à 59 %.

Un contexte de recomposition géopolitique

Ce scrutin était le premier organisé au niveau national depuis la perte de la région disputée du Haut-Karabakh, reconquise par l’Azerbaïdjan en 2023. Ce revers militaire a profondément marqué l’opinion publique et a nourri les critiques de l’opposition, qui accuse M. Pachinian d’avoir capitulé face à Bakou. Pendant la campagne, le Premier ministre a plaidé pour la poursuite du processus de paix avec l’Azerbaïdjan, engagé l’année dernière à Washington avec la médiation du président américain Donald Trump. Il a présenté aux électeurs la perspective d’une paix durable, première depuis l’effondrement de l’Union soviétique, en mettant en avant les dividendes économiques et sécuritaires attendus.

Le vote s’est également déroulé sous forte pression de la Russie, allié traditionnel de l’Arménie mais dont l’influence s’érode au profit d’un rapprochement avec l’Union européenne. Le président russe Vladimir Poutine avait multiplié les mises en garde ces dernières semaines, évoquant un risque de crise similaire à celle de l’Ukraine et menaçant de sanctions économiques. Moscou a concrétisé ces menaces en imposant des restrictions sur les importations de fleurs et de légumes arméniens. En réponse, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé une « militarisation des relations économiques » par Moscou et a annoncé une aide de 50 millions d’euros ainsi qu’un assouplissement des conditions commerciales pour les produits ciblés.

Un mandat pour la paix et l’ancrage occidental

La victoire de Nikol Pachinian, au pouvoir depuis la révolution de velours de 2018, semble conforter sa stratégie de rapprochement avec l’Occident. Durant la campagne, il avait averti les Arméniens qu’une défaite de son parti ramènerait au pouvoir des forces corrompues et autoritaires. Son équipe avait également insisté sur la nécessité de le reconduire pour mener à bien l’accord de paix préliminaire signé avec l’Azerbaïdjan.

Les résultats définitifs doivent être officiellement proclamés dans la journée de lundi. Une fois confirmés, ils devraient permettre à M. Pachinian de disposer d’une majorité stable pour poursuivre ses réformes et concrétiser le virage diplomatique engagé, malgré les tensions persistantes avec Moscou et les critiques intérieures sur les concessions territoriales.