Le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a affirmé dans la nuit du dimanche 7 au lundi 8 juin 2026 avoir remporté les élections législatives anticipées, qualifiant ce succès d’« historique ». Selon les premières données de la commission électorale centrale, son parti, le Contrat civil, recueillait 52,5 % des suffrages après dépouillement de 23,5 % des bureaux de vote. D’autres résultats partiels faisaient état de 49,8 %, un score suffisant pour obtenir la majorité des sièges au Parlement, conformément aux règles électorales complexes en vigueur.
Le scrutin, le premier organisé au niveau national depuis la perte du territoire contesté du Haut-Karabagh, conquis par l’Azerbaïdjan en 2023, a été marqué par une nette polarisation entre le camp du premier ministre, qui plaide pour une paix durable avec Bakou et un ancrage occidental, et une opposition prorusse vigoureuse. L’alliance Arménie forte, formée l’an dernier par le milliardaire russo-arménien Samvel Karapetian, arrivait en deuxième position avec 23,2 % des voix, suivie de l’alliance Arménie de l’ancien président Robert Kotcharian (environ 9 %) et du parti Arménie prospère (4,6 %). La participation a atteint 59 %.
Un scrutin sous influence russe
La campagne s’est déroulée dans un climat de pression exercée par Moscou, partenaire stratégique historique d’Erevan. Le président russe Vladimir Poutine avait, ces dernières semaines, multiplié les avertissements, évoquant des conséquences économiques négatives si l’Arménie poursuivait son rapprochement avec l’Europe. Des restrictions sur les importations de fleurs et de légumes arméniens ont été imposées, et M. Poutine a comparé la situation de l’Arménie à celle de l’Ukraine, suggérant que les difficultés de Kiev avaient commencé avec sa tentative de se rapprocher de l’Union européenne. En réaction, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait annoncé une aide de 50 millions d’euros et des conditions commerciales assouplies pour les produits visés, qualifiant ces mesures de « riposte à la militarisation des relations économiques par Moscou ».
Des perquisitions ont eu lieu dans les bureaux de l’alliance Arménie forte dans la ville de Gyumri, et plusieurs interpellations ont été signalées.
Un mandat pour la paix avec Bakou
M. Pachinian a fait campagne sur la nécessité de mener à bien l’accord de paix préliminaire conclu avec l’Azerbaïdjan l’année précédente à Washington, sous l’égide de l’administration américaine. Il a présenté ce scrutin comme un choix entre « une Arménie en paix pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union soviétique » et un retour des « forces corrompues et autoritaires » qui dirigeaient le pays avant la révolution de velours de 2018. L’opposition prorusse l’a accusé en retour de trahison et de capitulation sur le Haut-Karabagh, tout en insistant sur la nécessité de maintenir la Russie comme principal garant de la sécurité.
Les résultats officiels préliminaires doivent être publiés dans la journée du lundi, mais les projections créditent déjà le Contrat civil d’une confortable majorité, même si le parti ne pourra probablement pas gouverner seul, selon les premières estimations. Le score obtenu devrait permettre à M. Pachinian de poursuivre sa politique de réorientation vers l’Ouest et de finaliser le processus de paix avec Bakou.