Un SLS modifié pour un vol circumterrestre
La NASA a levé le voile sur plusieurs aspects techniques de la mission Artemis III, dont le décollage est espéré aux alentours de l'été 2027. Alors que l'équipage a été désigné, les ingénieurs peaufinent le lanceur Space Launch System (SLS) dans une configuration inédite. Pour ce vol qui restera en orbite basse terrestre, l'étage supérieur ICPS ne sera pas embarqué, car la poussée nécessaire à la mise sur orbite est moindre. À sa place, les équipes installeront un élément de structure baptisé « spacer », dont la conception est bouclée et dont la fabrication a débuté chez United Launch Alliance. L'assemblage final par soudure est prévu au Marshall Space Flight Center, avec une livraison attendue au Kennedy Space Center au plus tard en décembre. Une fois cet élément en place, le vaisseau Orion sera empilé par-dessus.
Plateforme de lancement remise en état
Jeremy Parsons, responsable du programme Artemis à la NASA, a indiqué que la plateforme mobile de lancement (mobile launcher) se portait très bien après le tir d'Artemis II, il y a quelques mois. Les travaux de réparation, réalisés entre les missions Artemis I et II, ont été jugés « hautement fructueux ». Peu après le lancement, la structure a été ramenée au hangar pour inspection. Les dégâts constatés, principalement au niveau du trou de flamme, sont en cours de réparation par soudure ; environ 90 % des opérations sont déjà achevées. Parallèlement, les propulseurs à poudre (boosters) sont arrivés dans les installations de rotation et de conditionnement, en vue de leur empilement. La NASA prévoit de commencer cet empilement en juillet, après la fin des soudures.
Un essai de remplissage cryogénique avant l'emport d'Orion
Une particularité notable du programme Artemis III est la réalisation d'une répétition générale de remplissage (wet dress rehearsal) dans une configuration raccourcie, sans le vaisseau Orion. L'agence souhaite ainsi tester les joints cryogéniques des bras d'alimentation (tail service mast umbilicals), qui avaient causé des soucis lors des deux premières missions. Ces joints font l'objet d'une refonte complète. Pour l'essai, les propulseurs et l'étage principal du SLS seront assemblés, une coiffe provisoire sera placée sur l'étage principal, puis l'ensemble sera roulé jusqu'au pas de tir pour un remplissage en ergols cryogéniques. L'objectif est de vérifier l'étanchéité avant d'installer le vaisseau habité.
Des atterrisseurs lunaires en version intermédiaire
Deux atterrisseurs doivent être utilisés lors de cette mission : un engin de Blue Origin et un autre de SpaceX, qui doivent tous deux être mis en orbite basse pour des manœuvres de rendez-vous et d'amarrage avec Orion. Jeremy Parsons a apporté des éclaircissements sur la version du véhicule que Blue Origin prévoit de fournir pour Artemis III. Il s'agira d’un « article d'essai », un prototype intermédiaire entre les modèles Mk 1 et Mk 2. Ce véhicule reprendra le module d'équipage lunaire final, avec ses systèmes de contrôle environnemental et de survie (ECLSS), son avionique et son logiciel de vol. La différence principale réside dans les moteurs : au lieu des BE-7 à ergols cryogéniques, ce prototype utilisera des propergols stockables et un système de contrôle d'attitude, la forte poussée nécessaire pour les trajets entre l'orbite lunaire et la surface n'étant pas exigée en orbite basse terrestre. Cette version permet également de roder la procédure de double lancement, qui devra être parfaitement synchronisée pour les missions Artemis IV et suivantes.
Vers une chronologie serrée
Si le calendrier avance pour le lanceur et les atterrisseurs, les responsables de la NASA restent prudents. Le responsable du programme a souligné que la coordination des lancements, notamment pour véhiculer les deux atterrisseurs, constitue un défi inédit. Les discussions avec Blue Origin se sont intensifiées, y compris durant les week-ends et les nuits, afin de maîtriser la nouvelle séquence opérationnelle. L'ensemble des éléments devra être assemblé et testé d'ici le milieu de l'année 2027, un objectif que la NASA juge ambitieux mais réalisable.