L'administration américaine de l'aéronautique et de l'espace a officiellement dévoilé, lors d'une conférence de presse tenue au Centre spatial Johnson à Houston, les quatre membres d'équipage de la mission Artemis III. Cette annonce s'accompagne d'une révision significative des objectifs de la mission, initialement conçue comme le premier retour d'astronautes sur la surface lunaire depuis l'ère Apollo.

Un équipage expérimenté pour une mission repensée

Le commandant de bord Randy Bresnik dirigera cette mission. Ancien pilote de chasse du corps des Marines, il totalise plusieurs missions spatiales, dont un séjour de quatre mois et demi à bord de la Station spatiale internationale en 2017, ainsi qu'un vol sur la navette spatiale Atlantis en 2009. Depuis 2018, il occupait le poste d'assistant du chef du bureau des astronautes pour l'exploration, participant au développement des véhicules du programme Artemis.

Le pilote désigné est l'Italien Luca Parmitano, de l'Agence spatiale européenne. Colonel de l'armée de l'air italienne et pilote d'essai, il a déjà passé 367 jours dans l'espace, incluant un commandement de l'ISS. Il est connu pour avoir survécu à une fuite d'eau dans son casque lors d'une sortie extravéhiculaire en 2013. Il devient le premier représentant de l'Agence spatiale européenne à bord d'une mission du programme Artemis.

Les deux spécialistes de mission sont Frank Rubio et Andre Douglas. Médecin de formation, Frank Rubio est devenu célèbre pour avoir prolongé son séjour sur l'ISS après une fuite de liquide de refroidissement sur le vaisseau Soyouz qui devait le ramener sur Terre, ce qui a nécessité l'envoi d'un vaisseau de remplacement. Andre Douglas, ancien garde-côte américain et ex-membre du personnel du Laboratoire de physique appliquée de l'Université Johns Hopkins, effectuera son premier vol spatial après avoir été membre d'équipage de réserve pour la mission Artemis II.

Cette sélection marque un changement notable par rapport aux équipages précédents. Aucune femme ne figure dans cet équipage. L'administrateur de la NASA, Jared Isaacman, a déclaré que l'agence avait sélectionné les meilleurs astronautes pour accomplir les objectifs de la mission, sans détailler le processus de sélection. Il a également précisé que la dernière promotion d'astronautes comprenait davantage de femmes que d'hommes. Par le passé, la NASA s'était engagée à faire atterrir la première femme et la première personne de couleur sur la Lune, mais cet engagement a été retiré de son site web après l'initiative fédérale de démantèlement des programmes de diversité, d'équité et d'inclusion lancée par l'administration Trump en 2025.

Artemis III : un vol d'essai en orbite terrestre

Contrairement à ce qui avait été envisagé, les astronautes d'Artemis III ne fouleront pas le sol lunaire. La mission, dont le lancement est prévu pour 2027 à bord du lanceur Spatial Launch System depuis Cap Canaveral, consistera en un vol en orbite terrestre basse, à environ 290 miles d'altitude. À cette altitude, la capsule Orion, déjà utilisée lors de la mission Artemis II, s'amarrera à des prototypes d'atterrisseurs lunaires.

Au moins un membre de l'équipage est prévu pour pénétrer dans l'un de ces prototypes afin d'y tester les écoutilles, les liaisons de survie et les nouvelles combinaisons spatiales Axiom, dont la couche intérieure a été conçue par la maison de couture italienne Prada. Ce test en conditions réelles doit valider les procédures de rendez-vous et d'amarrage qui seront utilisées lors des futures tentatives d'alunissage. Le bouclier thermique de la capsule sera également mis à l'épreuve lors de la rentrée atmosphérique.

Ce changement de plan, officialisé en février 2026, fait suite à des retards dans le développement des atterrisseurs lunaires. L'atterrisseur Starship de SpaceX, censé transporter les astronautes jusqu'à la surface, n'est pas encore prêt, et le ravitaillement en orbite dont il dépend n'a jamais été démontré. Un rapport du Government Accountability Office américain, daté de mars 2026, a qualifié de limités les progrès de SpaceX dans ce domaine.

Les ambitions lunaires menacées par des accidents

Le calendrier du programme Artemis est également assombri par un accident survenu le 28 mai 2026 sur la base de Cap Canaveral, où une fusée New Glenn de l'entreprise Blue Origin a explosé lors d'un essai de moteur. Cette explosion a gravement endommagé le pas de tir de l'entreprise, le seul dont elle dispose pour lancer cette fusée. Ce pas de tir est essentiel pour le déploiement de l'atterrisseur Blue Moon Mk2, nécessaire à la mission Artemis V, prévue pour 2028. Dave Limp, le directeur général de Blue Origin, a affirmé que l'entreprise volerait à nouveau avant la fin de l'année, mais les précédents historiques, notamment un délai de quinze mois après une explosion similaire de SpaceX en 2016, laissent craindre des retards prolongés.

Malgré ces difficultés, la NASA maintient ses objectifs à long terme. L'administrateur Jared Isaacman a présenté en mai 2026 un plan en trois phases pour établir une base lunaire permanente. D'ici 2029, des atterrisseurs robotisés et des drones doivent explorer la région du pôle sud de la Lune, où de l'eau gelée a été détectée. À partir de 2029, des missions habitées répétées doivent élargir le site, avec pour objectif la construction d'habitats semi-permanents d'ici le milieu des années 2030. Ces installations permettraient la recherche scientifique, le test de technologies pour de futures missions vers Mars et l'exploitation des ressources lunaires, tout en maintenant les États-Unis en position de force dans la compétition spatiale face à la Chine.

De nombreux experts expriment leur scepticisme quant à la faisabilité de ce calendrier, pointant du doigt la lenteur du développement des atterrisseurs, le manque de tests de ravitaillement en orbite et les dommages subis par les infrastructures de lancement. Simeon Barber, chercheur à l'Open University, a estimé qu'il ne serait pas surprenant que la Chine arrive sur la Lune en premier, l'atterrisseur constituant l'élément le plus complexe et le moins sous le contrôle direct de la NASA.