Le cofondateur et directeur général de Mistral AI, Arthur Mensch, a vivement contesté l'idée d'un retard européen dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA) par rapport aux États-Unis. S'exprimant lors d'un événement, il a estimé que le récit dominant sur ce sujet est « assez faux ».

« Ce récit est assez faux », a-t-il déclaré, en référence à la perception répandue selon laquelle l'Europe serait distancée par les géants américains de la tech dans la course à l'IA. Selon lui, cette vision relève davantage d'une construction médiatique et politique que d'une réalité technologique et industrielle.

Arthur Mensch a souligné que l'Europe dispose d'atouts considérables dans le secteur, notamment en matière de recherche fondamentale, de mathématiques et d'ingénierie. Il a mis en avant la qualité des chercheurs et des ingénieurs formés sur le continent, ainsi que la capacité d'innovation de nombreuses start-up européennes.

Le dirigeant de Mistral AI, entreprise française devenue en quelques années un acteur incontournable du secteur, a également insisté sur la question de la souveraineté numérique. Pour lui, il est essentiel que l'Europe développe ses propres modèles et infrastructures d'IA, plutôt que de dépendre de solutions venues des États-Unis ou de la Chine.

Cette prise de position intervient dans un contexte où les investissements américains dans l'IA, portés par des entreprises comme OpenAI, Google ou Microsoft, sont souvent présentés comme très supérieurs à ceux de l'Union européenne. Arthur Mensch reconnaît l'avance de certains acteurs américains en matière de capacité de calcul et de financement, mais il relativise cette avance en rappelant que l'Europe possède des atouts uniques.

Il a notamment évoqué la régulation européenne, souvent perçue comme un frein, mais qu'il considère comme un cadre pouvant favoriser une IA éthique et responsable. À ses yeux, la capacité à innover dans le respect des valeurs européennes constitue un avantage concurrentiel à long terme.

Un discours qui tranche avec les inquiétudes européennes

Les propos d'Arthur Mensch contrastent avec les alarmes lancées par certains responsables politiques et industriels européens, qui appellent à des investissements massifs pour ne pas se faire distancer. La France, via la stratégie nationale pour l'IA lancée par le président Emmanuel Macron, ou l'Union européenne, avec ses plans de soutien, tentent de structurer un écosystème capable de rivaliser avec les pôles américains et chinois.

Mistral AI, fondée en 2023, a rapidement levé des centaines de millions d'euros et développé des modèles de langage open source qui concurrencent ceux des géants américains. La start-up est souvent citée comme l'un des fers de lance de l'IA européenne.

En remettant en cause le narratif du retard, Arthur Mensch invite à une lecture plus nuancée de la compétition mondiale dans l'IA. Il suggère que l'Europe n'a pas à copier le modèle américain, mais doit tracer sa propre voie en s'appuyant sur ses forces spécifiques.

« Nous avons des talents, une recherche de très haut niveau et une capacité à innover. Ce n'est pas parce que les États-Unis dépensent plus que nous sommes en retard », a-t-il laissé entendre.

La déclaration du patron de Mistral AI intervient alors que le sommet du G7 doit se tenir en France, avec notamment la participation de Sam Altman, le patron d'OpenAI, invité par Emmanuel Macron. Ce sommet sera en partie consacré aux enjeux de l'intelligence artificielle et à la nécessité d'une coopération internationale pour encadrer son développement.