Le Festival d'Avignon, rendez-vous incontournable des arts de la scène, est devenu le théâtre d'une contestation d'ampleur inédite. Depuis l'annonce, début juillet, d'une diminution de 10 à 13 % des crédits alloués à 28 institutions culturelles majeures par le ministère de la Culture, les acteurs du spectacle vivant multiplient les actions pour faire entendre leur opposition.
Un rassemblement suivi par plus d'un millier de manifestants Le 13 juillet, une manifestation a réuni plus de 1 000 personnes dans les rues de la cité des papes. Artistes, techniciens, directeurs de théâtres et simples citoyens ont défilé pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une menace directe pour la diversité et la vitalité de la création française. « Évidemment qu'il faut subventionner le spectacle vivant », scandait la foule, reprenant un slogan largement relayé sur les réseaux sociaux.
Le président interpellé en marge du festival La visite d'Emmanuel Macron au festival n'a pas apaisé les tensions. Le chef de l'État a été pris à partie par plusieurs professionnels, qui l'ont exhorté à ne pas être « celui qui aura tout détruit ». Une délégation composée notamment de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, de la députée Clémentine Autain et de Sarah Legrain, figure politique engagée, a rencontré des représentants du monde culturel pour leur apporter un soutien public.
Des structures exsangues face à un « gel » budgétaire Pour Julie Sanerot, directrice du MAC de Créteil – l'une des 28 structures concernées –, « c’est toute une économie qui est mise à mal ». Entrée en fonction en mars 2025, elle espère encore un retour en arrière du gouvernement. Mais les annonces successives, qualifiées de « surgel » budgétaire, suscitent une inquiétude croissante. Le Festival d'automne à Paris a déjà subi une coupe de 14 % de sa subvention, un chiffre qui illustre l'ampleur des restrictions.
La tentation du mécénat privé, une solution inégalitaire Face à l'érosion des financements publics, certaines structures se tournent vers le mécénat privé. Mais cette stratégie est jugée profondément inégalitaire : les grandes institutions parisiennes bénéficient d'un réseau de donateurs que les théâtres de province ou les compagnies indépendantes n'ont pas. Plusieurs directeurs d'opéras et de théâtres publics dénoncent une logique qui, selon eux, favorise la standardisation des programmations au détriment de la création émergente.
Une intersyndicale déterminée Les syndicats du spectacle, appuyés par des élus de différents bords, appellent à la poursuite de la mobilisation. Ils jugent les baisses annoncées « sans précédent » et estiment que la saison à venir se jouera sous haute tension. « Moins de subventions ne signifie pas plus d'imagination, mais moins de spectacles et moins d'emplois », résume un porte-parole du collectif. Le gouvernement, de son côté, défend une nécessaire maîtrise des dépenses publiques dans un contexte budgétaire contraint.
Le Festival d'Avignon se poursuit encore plusieurs jours, mais la mobilisation, elle, ne faiblit pas : les professionnels promettent de nouvelles actions si leurs revendications ne sont pas entendues.