Alors que les célébrations du mois des fiertés rythment le calendrier mondial, les organisations LGBTQ+ du Kenya traversent l’une des périodes les plus éprouvantes de leur histoire récente. Les coupes sévères dans le financement américain ont profondément perturbé des services essentiels pour de nombreuses personnes, contraignant les structures à réduire leurs activités et à se réinventer.

Des pertes humaines et financières considérables

John Mathenge, directeur de l’organisation Health Options for Young Men on HIV/AIDS/STIs (HOYMAS), a livré un témoignage saisissant des conséquences immédiates de ces décisions. HOYMAS, qui gère trois centres de soins à Nairobi, Kajiado et Nyeri, a perdu plus de la moitié de ses ressources. « Nous avions environ 25 employés et 110 bénévoles, et nous avons dû nous séparer de tous », a-t-il expliqué. Selon lui, la structure a vu disparaître près de 60 % des financements qu’elle percevait auparavant de divers partenaires.

« Pride représente beaucoup pour nous tous, en tant que personnes LGBTI au Kenya et dans le monde, et c’est un mois dont nous devrions toujours être fiers. Mais jusqu’à présent, ce n’est pas le cas, à cause des coupes de financement de l’USAID », a-t-il ajouté.

Maintien des soins grâce à des bricolages financiers

Contrairement à d’autres associations qui ont dû fermer leurs portes ou réduire drastiquement leurs activités, HOYMAS a choisi de maintenir ses cliniques ouvertes. « Les installations sont toujours en service. Nous n’en avons fermé aucune, et nous avons tenté de mobiliser des ressources auprès de philanthropes individuels au Kenya pour que notre communauté puisse accéder aux services », a précisé John Mathenge.

Pour y parvenir, l’organisation s’appuie sur les faibles sommes allouées par la Social Health Authority kényane. « L’argent modeste que nous recevons pour les soins primaires nous sert à payer nos cliniciens, comme trois bénévoles, et à acheter des médicaments avec les fonds restants », a-t-il détaillé.

Un impact psychologique et social profond

Malgré ces efforts, les conséquences sont lourdes. Les programmes de sensibilisation, la formation du personnel soignant, le signalement des violences et les actions des pairs éducateurs ont été considérablement réduits. John Mathenge confie le poids psychologique de la situation : « Cela m’a affecté mentalement, voir que les communautés, les bénévoles formés, ne peuvent même pas accéder aux petites subventions qu’ils recevaient… Certains de nos anciens employés sont désormais à la rue. »

Le témoignage d’un étudiant

Kevin, étudiant universitaire à Nairobi, ressent directement ces coupes. « Avant, je dépendais des organisations communautaires pour les séances de conseil, les informations sur la santé et l’accès aux préservatifs. Depuis que les réductions de financement ont commencé à affecter certains programmes, ces services sont devenus moins fréquents et parfois plus difficiles à obtenir », a-t-il raconté. Il a connu des périodes de pénurie où les stocks s’épuisaient, forçant les bénéficiaires à chercher ailleurs ou à se passer de ressources dont ils disposaient auparavant.

Résilience et détermination

Malgré ces difficultés, Kevin insiste sur la résilience de la communauté. « Les gens voient les coupes budgétaires et supposent que tout s’arrête. Ce n’est pas le cas. Nous nous adaptons. Nous trouvons d’autres moyens, même si c’est plus dur. » Cette phrase résume l’état d’esprit qui prévaut parmi les militants et les bénéficiaires : rester visible, continuer à exister, coûte que coûte, même dans un environnement financier devenu hostile.

Le mois des fiertés, symbole de visibilité et de revendication, prend ainsi cette année une dimension particulière au Kenya, mêlant la douleur de la perte à l’affirmation d’une présence indéfectible.