L’organisation de la Coupe du monde de football 2026, dont le Mexique est l’un des trois pays hôtes avec les États-Unis et le Canada, offre une caisse de résonance inédite à des mouvements sociaux qui cherchent à porter leurs doléances au-delà des frontières nationales. Parmi eux, des collectifs de mères de personnes disparues, confrontées depuis des années à l’inaction des autorités, et des enseignants en conflit sur leurs conditions de travail et leurs salaires. Ces derniers jours, plusieurs manifestations ont été organisées aux abords des stades et dans les centres-villes des métropoles mexicaines accueillant les rencontres. Des pancartes, des portraits accrochés à des fils, des chants scandés en direction des flux touristiques venus du monde entier : les formes de protestation visent à capter le regard des caméras du monde entier.

Des années de lutte et un espoir de visibilité

Les collectifs de proches de disparus, emmenés par des mères qui cherchent leurs enfants parfois depuis plus d’une décennie, dénoncent l’absence de réponses de l’État face aux dizaines de milliers de disparitions recensées. La Coupe du monde représente pour eux une opportunité d’interpeller l’opinion publique internationale, alors que des centaines de millions de téléspectateurs suivent l’événement. « Le monde entier regarde le Mexique en ce moment, a déclaré une représentante d’un collectif interrogée sur place. Nous voulons qu’ils voient aussi nos visages et nos douleurs. » Les manifestantes ont par ailleurs appelé la Fédération internationale de football association à condamner la situation des droits humains dans le pays, sans obtenir de réponse officielle pour l’heure.

Parallèlement, des syndicats d’enseignants de plusieurs États mexicains ont profité de l’afflux médiatique pour organiser des rassemblements. Les instituteurs réclament une revalorisation de leurs rémunérations ainsi que des investissements supplémentaires dans les infrastructures scolaires. Ils estiment que le gouvernement consacre des sommes considérables à l’organisation de la compétition sportive alors que l’éducation publique reste sous-financée. Un porte-parole syndical a expliqué que la visibilité offerte par le Mondial constituait « une occasion de faire comprendre que les besoins du peuple ne disparaissent pas derrière les projecteurs du football ».

Une stratégie non violente et symbolique

Les actions menées se veulent résolument pacifiques, les organisateurs ayant insisté sur la nécessité d’éviter tout débordement qui pourrait nuire à la cause. Les manifestants ont choisi des emplacements symboliques : devant les stades, sur les places principales des villes hôtes comme Mexico, Guadalajara et Monterrey, mais aussi le long des artères fréquentées par les supporteurs étrangers. Certains collectifs ont distribué des tracts traduits en anglais et en espagnol expliquant la situation des disparus. Des tee-shirts portant des messages comme « Où sont-ils ? » ou « La justice pour nos enfants » ont été vendus pour financer les recherches privées.

Les autorités locales ont pour l’instant toléré ces manifestations, bien qu’un important dispositif de sécurité ait été déployé pour encadrer les rassemblements sportifs. Aucun incident majeur n’a été signalé. Les organisateurs espèrent que la pression médiatique générée par la Coupe du monde contraindra le gouvernement à réagir sur le fond. Le président du Mexique, qui s’est rendu à plusieurs matchs, n’a pas encore commenté directement ces protestations. Son administration a toutefois rappelé son engagement à résoudre le problème des disparitions, via le mécanisme national de recherche, tout en soulignant que l’organisation du Mondial mobilisait l’essentiel des effectifs de l’État.

Un écho contrasté dans les médias étrangers

L’écho international de ces mobilisations reste modulé. La couverture médiatique étrangère se concentre principalement sur les résultats sportifs et les festivités, mais plusieurs correspondants de chaînes internationales ont relayé les images des protestations. Sur les réseaux sociaux, les publications des collectifs ont été partagées des milliers de fois, notamment par des comptes de défense des droits humains. Les mères de disparus misent sur cet emballement numérique pour maintenir la pression après la fin du tournoi. « Nous savons que l’attention du monde est volatile, a reconnu l’une d’elles. Mais si nous pouvons faire comprendre à quelques personnes que nous n’abandonnons pas, cela vaudra tout l’or du monde. »

Les syndicats d’enseignants, de leur côté, ont annoncé qu’ils poursuivraient leur mouvement au-delà de la compétition, avec des rassemblements prévus dans les semaines suivant la finale. La question de la Coupe du monde comme plateforme de protestation divise toutefois l’opinion publique mexicaine : certains estiment que l’image du pays est ternie par ces actions, tandis que d’autres jugent légitime que des causes sociales trouvent une tribune lors d’un événement financé en partie par l’argent public. Quel que soit le bilan, les collectifs de disparus et les instituteurs ont d’ores et déjà réussi à faire exister leur parole dans le tumulte du Mondial.