Alors que le Mexique accueille des matchs de la Coupe du monde de football 2026, plusieurs collectifs de proches de disparus et des organisations syndicales d'instituteurs ont saisi l'opportunité de cet événement planétaire pour exprimer leur colère face à l'inaction des pouvoirs publics. Ces groupes estiment que la couverture médiatique intense du tournoi offre une tribune inédite pour alerter l'opinion internationale sur les violences et les lacunes judiciaires qui persistent dans le pays.

Des actions de protestation coordonnées

D'après des témoignages recueillis sur place, plusieurs actions ont été menées ces derniers jours à proximité des stades et dans des lieux symboliques des grandes villes. Des mères de personnes portées disparues ont notamment organisé des rassemblements silencieux, brandissant des photographies de leurs enfants et des banderoles réclamant « vérité et justice ». Elles affirment que le gouvernement n'a pas mis en œuvre de progrès significatifs dans les enquêtes sur les disparitions forcées, malgré les promesses répétées des précédentes administrations.

Les syndicats d'enseignants, qui dénoncent depuis des mois une dégradation de leurs conditions de travail et des attaques contre le système éducatif public, se sont joints à ces mobilisations. Ils estiment que le contexte du Mondial, avec l'afflux de visiteurs étrangers et l'attention des caméras, permet de donner une résonance mondiale à leurs revendications.

Un contexte de violence persistante

Le Mexique est confronté depuis plusieurs années à une vague de violences liée au crime organisé, qui a provoqué des dizaines de milliers de disparitions. Les familles des victimes dénoncent régulièrement l'impunité et le manque de moyens alloués aux enquêtes. La tenue de la Coupe du monde, perçue par les autorités comme une vitrine pour le pays, est vue par les manifestants comme une occasion de rappeler que les problèmes structurels ne sont pas résolus.

« Ce n'est pas parce que le monde regarde le football qu'il doit oublier ce qui se passe ici », a déclaré une porte-parole d'un collectif de mères de disparus, en marge d'une manifestation à Mexico. « Nous voulons que les visiteurs, les journalistes et les dirigeants internationaux voient notre réalité. »

Réactions officielles limitées

Les autorités locales et fédérales n'ont pas encore réagi officiellement à ces mobilisations. Aucun incident majeur n'a été signalé lors des rassemblements, qui se sont déroulés dans le calme. La police a toutefois renforcé la sécurité autour des sites de compétition, sans toutefois empêcher les rassemblements pacifiques.

Certains observateurs estiment que cette stratégie de visibilité médiatique pourrait accélérer la mise en place de mesures concrètes, mais les familles restent sceptiques. « On nous a déjà promis tellement de choses pendant les campagnes électorales, et après, plus rien », a confié une mère de famille, dont le fils a disparu il y a cinq ans. « Tant que nous ne verrons pas de résultats, nous continuerons à manifester, quel que soit l'événement. »

Un précédent lors du Mondial 2022

Cette démarche n'est pas inédite : lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, des collectifs de travailleurs migrants et des défenseurs des droits humains avaient utilisé l'attention mondiale pour dénoncer les conditions de travail et les abus. Les mères de disparus mexicaines s'inspirent de ces précédents pour adapter leurs méthodes de contestation à l'ère des grands événements sportifs.

En attendant, les matchs se poursuivent dans les stades, tandis que, dans les rues, les banderoles des familles continuent de rappeler que la fête du football ne saurait occulter les drames humains qui perdurent.