Les électeurs péruviens sont appelés aux urnes dimanche pour le second tour de l'élection présidentielle, un scrutin qui pourrait renforcer la tendance conservatrice observée en Amérique latine. La course oppose deux figures aux antipodes idéologiques : Keiko Fujimori, candidate de droite et héritière de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori, et Roberto Sánchez, député de gauche et successeur politique de l'ancien chef de l'État emprisonné Pedro Castillo.
Le premier tour, marqué par des difficultés logistiques et des accusations infondées de fraude qui ont suscité une large indignation, n'a permis à aucun des deux finalistes de recueillir plus de 30 % des suffrages. Les enquêtes d'opinion récentes les placent dans une situation de quasi-égalité, alors qu'une part significative d'électeurs indécis n'a pas encore fait son choix.
Deux candidats que tout oppose
Keiko Fujimori incarne une droite dure, héritière d'un régime qui a démantelé des groupes rebelles meurtriers au prix d'un affaiblissement des institutions démocratiques. Son père, Alberto Fujimori, a gouverné le Pérou d'une main de fer dans les années 1990 avant d'être condamné pour violations des droits humains.
Roberto Sánchez, quant à lui, a recentré sa campagne dans les dernières semaines, cherchant à séduire l'électorat modéré. Entouré d'une nouvelle équipe de conseillers techniques classés au centre gauche, il promet de maintenir des politiques budgétairement responsables, de protéger la propriété privée et de préserver l'autonomie de la banque centrale.
Un basculement régional en cours
Ce scrutin s'inscrit dans une dynamique plus large de rejet des gouvernements en place en Amérique latine, qui favorise l'émergence de dirigeants conservateurs et populistes. Cette tendance a déjà transformé le leadership en Argentine, en Bolivie et en Équateur. Dans les mois à venir, des élections au Brésil et en Colombie – où un candidat conservateur considéré comme un outsider et promettant une ligne dure contre la criminalité a remporté le premier tour – détermineront si le Pérou devient le prochain pays à basculer à droite.
Une campagne sous tension
La campagne a été marquée par une forte polarisation. Les accusations de fraude non fondées provenant du premier tour ont attisé les tensions et nourri un climat de suspicion. Les deux candidats disputent âprement le vote des indécis, qui pourraient faire la différence dans un scrutin aussi serré.
Les enjeux sont considérables : le vainqueur devra faire face à une recrudescence de la violence, qui constitue l'une des préoccupations majeures des électeurs, et à une défiance croissante envers la classe politique. Le résultat de ce second tour pourrait confirmer la droitisation du continent ou, au contraire, offrir une résistance à cette vague.