Au Pérou, l'issue du second tour de l'élection présidentielle demeure incertaine au lendemain du scrutin. Les premiers résultats diffusés dans la soirée du dimanche 7 juin placent les deux prétendants dans une situation de quasi-égalité. Le dépouillement pourrait s'étendre sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines, compliquant encore un peu plus la donne politique.
Le duel oppose deux figures aux antipodes l'une de l'autre. Keiko Fujimori, candidate de droite, fille de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori, a axé sa campagne sur un discours sécuritaire musclé, promettant une lutte sans merci contre la criminalité. En face, Roberto Sánchez, député de gauche et héritier politique de l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, a effectué un virage centriste dans les derniers jours de la campagne. Il a notamment promis de maintenir une politique budgétaire responsable, de garantir la protection de la propriété privée et de préserver l'autonomie de la banque centrale.
Un paysage politique fragmenté
Un sondage de sortie des urnes, réalisé par l'institut Ipsos, révèle un électorat profondément divisé sur des bases géographiques. Keiko Fujimori domine très largement dans les zones urbaines, tandis que Roberto Sánchez recueille la majorité des suffrages dans les campagnes. Ce clivage territorial annonce une présidence qui s'annonce complexe, quel que soit le vainqueur.
La campagne a été marquée par des attaques vives. Keiko Fujimori a régulièrement qualifié Roberto Sánchez de communiste et d'autoritaire potentiel, l'accusant de vouloir torpiller les investissements privés. De son côté, le candidat de gauche a tenté de rassurer les électeurs modérés en insistant sur sa volonté de continuité économique.
Une vague conservatrice régionale
Cette élection intervient dans un contexte de basculement à droite de plusieurs pays d'Amérique latine. Le rejet des partis au pouvoir, alimenté par la crise économique et la montée de l'insécurité, a déjà porté au pouvoir des gouvernements prônant l'ordre et la fermeté en Argentine, en Bolivie et en Équateur. Le Pérou, secoué ces dernières années par une instabilité politique chronique, pourrait s'inscrire dans cette tendance régionale.
Les prochains jours seront décisifs. Les autorités électorales ont indiqué que le dépouillement intégral pourrait prendre plusieurs semaines, un délai inhabituel qui alimente les spéculations et les tensions dans un pays déjà fragilisé politiquement. Les regards sont désormais tournés vers les quelque deux millions de votes encore à dépouiller, issus notamment des zones les plus reculées du pays.