Un tribunal antiterroriste pakistanais a infligé une peine de réclusion à perpétuité à Mahrang Baloch, militante éminente des droits humains, et à un autre activiste, Sibghatullah Shahji, les reconnaissant coupables de meurtre et d’actes de terrorisme. Les faits remontent à juillet 2024, lorsqu’un soldat des forces paramilitaires, Shabbir Ahmed, a été tué lors d’un rassemblement dans la ville portuaire de Gwadar.

Les deux prévenus ont boycotté leur procès et contestent les accusations portées contre eux. Leur avocat, Israr Jattak, a indiqué que les condamnés feraient appel du jugement. Mahrang Baloch, par l’intermédiaire de son conseil, a déclaré : « Le tribunal utilise la loi comme une arme contre nous. La cour et le système judiciaire se sont exposés à travers ce jugement. »

La décision de justice a provoqué une vague d’indignation parmi les défenseurs des droits. La Commission des droits de l’homme du Pakistan a exigé un réexamen immédiat de la sentence, estimant que l’État « a poursuivi sa politique consistant à traiter la défense des droits fondamentaux de la même manière que l’extrémisme, ce qui aboutit à des décisions administratives et judiciaires partiales et unilatérales ».

La sœur de la condamnée, l’avocate Nadia Baloch, ainsi que l’équipe juridique des activistes, dénoncent un déni de procédure équitable. Ils affirment que le verdict a été rendu par un « tribunal sans visage » et que les avocats de la défense n’ont pas pu interroger correctement les témoins oculaires, qui ont déposé par liaison vidéo. La militante suédoise Greta Thunberg a également critiqué la procédure, qualifiant le procès de « parodie de justice » mené « dans le secret le plus absolu » et accusant l’État pakistanais de criminaliser la dissidence.

De son côté, le porte-parole du gouvernement de la province du Baloutchistan, Shahid Rind, a défendu la régularité des poursuites, assurant que l’affaire reposait sur des « preuves irréfutables » et qu’elle n’était pas motivée politiquement.

Une figure emblématique de la lutte contre les disparitions

Mahrang Baloch, âgée de 33 ans, est devenue une voix majeure du mouvement de contestation au Baloutchistan. Médecin de formation, elle préside le Comité d’unité du Baloutchistan (BYC), organisation qui milite contre les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires dans cette province en proie à une insurrection autonomiste depuis des décennies. Son engagement a commencé après la disparition présumée de son père par des agents des services de sécurité en 2009 ; son corps a été retrouvé deux ans plus tard avec des marques de torture.

En 2023, elle avait conduit une marche de plusieurs centaines de femmes sur environ 1 600 kilomètres jusqu’à la capitale Islamabad pour réclamer justice pour les proches disparus. Le BYC rejette les allégations du gouvernement pakistanais qui lui prête des liens avec des groupes armés baloutches.

Mahrang Baloch et Sibghatullah Shahji étaient déjà incarcérés depuis deux ans pour d’autres chefs d’inculpation avant ce nouveau jugement. La peine prononcée comprend également une amende de 200 000 roupies pakistanaises (environ 720 dollars) à verser aux héritiers du soldat tué. L’affaire soulève des craintes d’une aggravation des tensions au Baloutchistan et d’un affaiblissement de la confiance dans l’action militante pacifique.