Une nouvelle secoue la province pakistanaise du Baloutchistan. Mahrang Baloch, médecin de formation devenue l’une des voix les plus écoutées de la société civile, a été condamnée à la prison à vie le 25 juin par un tribunal antiterroriste de Quetta. La sentence, prononcée à l’encontre de la jeune femme de 33 ans et d’un autre militant, Sibghatullah Shahji, repose sur des accusations de meurtre et de terrorisme. Les deux prévenus, qui ont boycotté l’intégralité des débats, clament leur innocence.
Contexte et procès
Les faits reprochés remontent à une manifestation organisée en juillet 2024 dans la ville portuaire de Gwadar. Selon l’accusation, Mahrang Baloch aurait prononcé un discours très virulent, poussant la foule à s’en prendre à un véhicule des forces paramilitaires. Trente à quarante personnes auraient frappé le véhicule à coups de bâtons et de pierres. Dans la confusion, le soldat Shabbir Ahmed, membre de la Federal Constabulary, se serait retrouvé isolé et aurait été battu à mort.
Le tribunal a estimé que les deux activistes, dirigeants du Comité d’unité du Baloutchistan (BYC), « avaient des objectifs communs dans le meurtre du fonctionnaire » et « participaient activement au rassemblement illégal ». En plus de la perpétuité, ils ont été condamnés à verser une amende de 200 000 roupies pakistanaises (environ 540 livres sterling ou 720 dollars) aux héritiers de la victime. Les avocats de la défense, menés par Me Israr Jattak, ont dénoncé un procès expéditif conduit par un « tribunal sans visage », où les témoins à charge ont déposé par vidéo sans que la défense puisse les contre-interroger correctement. Ils ont annoncé leur intention de faire appel.
Réactions et critiques
La condamnation a provoqué une vive réaction des organisations de défense des droits humains. La Commission des droits de l’homme du Pakistan a immédiatement réclamé un réexamen du verdict, estimant que l’État « a poursuivi sa politique consistant à traiter la défense des droits fondamentaux de la même manière que l’extrémisme, ce qui aboutit à des décisions administratives et judiciaires partiales et unilatérales ». La sœur de la condamnée, l’avocate Nadia Baloch, a dénoncé le déni d’un procès équitable.
À l’international, la militante suédoise Greta Thunberg s’est émue de la situation, qualifiant la procédure de « parodie de justice » menée « dans le secret le plus total » et accusant les autorités pakistanaises de criminaliser la dissidence. De son côté, le porte-parole du gouvernement provincial du Baloutchistan, Shahid Rind, a défendu la décision de justice, assurant que l’accusation reposait sur des « preuves irréfutables » et que l’affaire n’avait « aucun motif politique ».
Portrait d’une militante
Mahrang Baloch a commencé son combat après la disparition de son père, soupçonné d’avoir été enlevé par des agents des services de sécurité en 2009. Son corps, présentant des traces de torture, avait été retrouvé deux ans plus tard. En 2023, elle avait conduit une marche de femmes de quelque 1 600 kilomètres jusqu’à la capitale, Islamabad, pour réclamer justice pour les familles de disparus. Son organisation, le BYC, lutte contre les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées dans cette province riche en ressources mais minée par des décennies d’insurrection et de répression. Le gouvernement pakistanais accuse régulièrement le BYC d’entretenir des liens avec des groupes armés baloutches, ce que le mouvement dément formellement.
Les deux militants sont incarcérés depuis deux ans déjà, dans l’attente de ce procès, selon la presse locale. Le verdict pourrait aggraver les tensions dans une région déjà meurtrie par un conflit de basse intensité et alimenter la méfiance envers les institutions judiciaires.