Le Sénégal s’apprête à vivre un scrutin décisif. Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé, lundi 29 juin, son intention de soumettre à référendum le projet de réforme constitutionnelle adopté quelques heures plus tôt par l’Assemblée nationale. La décision a été officiellement communiquée par le ministre de la Justice, Moussa Sarr, devant les députés.
« Le président a tenu à informer le président de l’Assemblée nationale qu’il a décidé, en vertu de l’article 103 de la Constitution, de soumettre le texte adopté au référendum », a déclaré Moussa Sarr.
Le texte, initié par le parti Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) – qui dispose de 130 sièges sur 165 à l’Assemblée –, vise selon ses promoteurs à un « meilleur rééquilibrage des prérogatives » entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. En pratique, il renforce les attributions du Parlement et du Premier ministre tout en réduisant celles du président de la République.
L’adoption du projet s’est déroulée dans un climat tendu. Les débats ont été marqués par des échanges vifs, un boycott de l’opposition et des incidents devant le bâtiment. Un député de l’opposition, qui refusait de quitter la tribune après le rejet de sa demande de report du vote, a dû être évacué par les gendarmes. Cet incident a provoqué le départ de l’ensemble des élus de l’opposition, à l’exception d’un seul. À l’extérieur, environ cinquante manifestants, issus pour la plupart de l’Alliance pour la République (APR), le parti de l’ancien président Macky Sall, ont tenté d’entrer dans l’hémicycle. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour les disperser.
Un référendum aux accents de duel politique
Cette réforme intervient dans un contexte de fortes tensions entre le chef de l’État et Ousmane Sonko, figure majeure du Pastef et ancien Premier ministre. Bassirou Diomaye Faye avait limogé Ousmane Sonko de son poste de chef du gouvernement en mai, avant que ce dernier ne soit rapidement élu à la présidence de l’Assemblée nationale.
Le référendum apparaît ainsi comme un nouvel épisode de la rivalité entre les deux hommes. Aminata Touré, cheffe de file de la coalition présidentielle, a estimé dimanche que « le Parlement est utilisé pour affaiblir le président ». Selon elle, les propositions « semblent viser à limiter l’influence du président de la République en augmentant les pouvoirs du président de l’Assemblée nationale ».
Réactions et prochaines étapes
Le texte a recueilli une large majorité de suffrages à l’Assemblée, mais l’opposition et plusieurs organisations de la société civile en critiquent le contenu. Le recours au référendum, prévu par l’article 103 de la Constitution, permettra aux Sénégalais de trancher directement sur ce rééquilibrage des institutions.
Aucune date n’a encore été officiellement fixée pour la tenue du scrutin. La campagne qui s’annonce promet d’être un test électoral majeur pour le camp présidentiel comme pour le parti Pastef, désormais dirigé par Ousmane Sonko.