Une action collective a été engagée devant un tribunal fédéral américain contre Samsung Electronics, SK Hynix et Micron Technology, les trois principaux producteurs mondiaux de mémoire vive (DRAM). La plainte, déposée au nom d'acheteurs et de consommateurs, accuse les sociétés de s'être entendues pour limiter la production et gonfler artificiellement les prix des composants utilisés dans les ordinateurs, serveurs et smartphones.
Des prix au niveau de 2010
L'offensive judiciaire intervient dans un contexte où le prix du gigaoctet de mémoire DRAM a retrouvé, en 2026, celui pratiqué en 2010, selon des données de marché. Les plaignants estiment que cette stagnation tarifaire, après des années de baisse régulière, résulte d'une coordination illicite entre les trois groupes. L'action collective allègue que Samsung, SK Hynix et Micron auraient mis en œuvre des réductions concertées de leurs capacités de production, créant une rareté délibérée sur le marché.
Stratégie de réduction des volumes
Les fabricants auraient, selon la plainte, pris des décisions parallèles pour limiter l'offre de DRAM, en fermant temporairement des lignes de production ou en convertissant des usines à d'autres technologies sans augmenter les volumes de mémoire vive. Ces choix industriels auraient permis de maintenir des prix élevés, privant les consommateurs de la baisse naturelle des coûts attendue avec la montée en charge des nouvelles générations de composants.
Les documents déposés au tribunal s'appuient sur des échanges entre dirigeants, des communiqués publics ainsi que des analyses de cabinets spécialisés. Ils soulignent que les trois entreprises ont enregistré des marges bénéficiaires historiquement hautes pendant la période incriminée, tandis que le marché de la mémoire vive connaissait des tensions d'approvisionnement.
Un précédent judiciaire
Ce n'est pas la première fois que les fabricants de mémoire vive font l'objet de poursuites pour entente. Au début des années 2000, Samsung, SK Hynix et Micron avaient déjà été condamnés aux États-Unis et en Europe pour des pratiques similaires de fixation des prix de la DRAM. Les autorités de concurrence américaines et européennes avaient alors infligé des amendes record, et plusieurs dirigeants avaient été inculpés pénalement.
L'action collective actuelle s'appuie sur ces antécédents pour étayer l'accusation de récidive. Les plaignants réclament des dommages et intérêts compensatoires ainsi que des mesures visant à rétablir une concurrence loyale sur le marché.
Réactions des entreprises
Au moment de la publication de la plainte, aucun des trois groupes n'avait communiqué officiellement sur le fond de l'affaire. Samsung Electronics a indiqué étudier les documents déposés, tandis que SK Hynix et Micron se sont refusés à tout commentaire. Les analystes financiers anticipent que les sociétés contestent vigoureusement les allégations et mettent en avant des facteurs objectifs de marché, comme la croissance de la demande due à l'intelligence artificielle et au cloud, pour expliquer la situation des prix.
Un marché sous pression
La mémoire vive DRAM est un composant essentiel pour l'industrie technologique. Les prix élevés et le manque de disponibilité impactent toute la chaîne, depuis les fabricants de serveurs jusqu'aux assembleurs de PC et de smartphones. Plusieurs rapports sectoriels prévoient un doublement des prix des puces mémoire d'ici la fin de l'année 2026, en raison de la demande soutenue et de l'offre limitée.
Certains analystes estiment que l'action collective pourrait accélérer une enquête des autorités de concurrence américaines ou européennes. D'autres jugent que la procédure judiciaire sera longue et que ses effets ne se feront sentir que dans plusieurs années.
Conséquences pour les consommateurs
Les plaignants estiment que le surcoût lié à l'entente présumée a été répercuté sur les utilisateurs finaux, qui paient plus cher leurs appareils électroniques. Les avocats des requérants soulignent que la mémoire vive représente une part significative du coût de fabrication d'un ordinateur ou d'un smartphone. Si l'entente est avérée, les consommateurs pourraient obtenir des remboursements ou des réductions sur les achats passés.
L'affaire devrait être examinée par un tribunal de district américain dans les prochains mois. La procédure pourrait inclure une phase de découverte probatoire étendue, pendant laquelle les correspondances internes des entreprises seront analysées.