Un appel à l'intégration réciproque
Le souverain pontife a conclu vendredi 12 juin son déplacement en Espagne par une étape à Tenerife, dans l'archipel des Canaries, où il a prononcé un discours centré sur la question migratoire. Devant plusieurs centaines de migrants réunis dans un centre d'accueil, Léon XIV a déclaré que «nous sommes tous, d'une certaine manière, des migrants», selon des propos rapportés sur place.
Le chef de l'Église catholique a insisté sur la nécessité d'un «chemin réciproque» entre les personnes arrivées et les sociétés qui les reçoivent. Il a incité les migrants à «apprendre la langue» du pays d'accueil, à «respecter ses lois» et à «connaître ses coutumes», sans pour autant «effacer (leur) histoire». Parallèlement, il a rappelé aux communautés locales leurs «devoirs», notamment celui de favoriser l'intégration pour que chacun puisse «se sentir partie vivante d'une communauté».
Un message pour éviter les «mondes parallèles»
Pour Léon XIV, cet effort mutuel doit permettre d'éviter l'apparition de «mondes parallèles fermés les uns aux autres, où les gens vivent ensemble sans vraiment se rencontrer». Il a également jugé qu'«intégrer, c'est empêcher (un) deuxième naufrage», en référence aux périlleuses traversées de l'Atlantique qui ont coûté la vie à 1 172 migrants en route vers les Canaries, selon les données de l'Organisation internationale pour les migrations.
Le pape a une nouvelle fois déploré «chaque vie perdue» sur les routes migratoires, qu'il a qualifié d'«échec pour la famille humaine», reprenant les termes employés la veille sur l'île de Grande Canarie. Ses prises de position s'inscrivent dans la continuité de celles de son prédécesseur François, alors que plusieurs pays européens renforcent leurs restrictions en matière d'immigration.
Des réactions contrastées dans la population locale
Sur place, les habitants rencontrés ont exprimé des avis divers. Jessica Lopez, une employée administrative de 43 ans, a déclaré «comprendre et défendre» le message du pape, rappelant que «nous, la plupart de nos familles, nous sommes enfants d'immigrés». Elle a toutefois nuancé son propos en soulignant que cette situation «a des conséquences, dans l'espace public, au centre de santé, sur les listes d'attente».
Claudia De Las Casas, une adolescente de 17 ans, a estimé qu'il est «très bien qu'une figure aussi importante que le pape rende le problème visible». Son frère Jorge, âgé de 19 ans, a approuvé cette opinion tout en relevant qu'«en Espagne, la question des migrants est un sujet compliqué», polarisant le débat public entre la gauche au pouvoir et l'opposition de droite et d'extrême droite.
Un jeune Gambien salue la position pontificale
Aliu Ceesay, un Gambien de 16 ans arrivé il y a un mois aux Canaries, a salué l'attitude du pape, le décrivant comme «si gentil», ajoutant : «Il ne se soucie pas de savoir si nous sommes noirs ou blancs, musulmans ou chrétiens. Il veut nous aider.»
Une messe géante avant le retour à Rome
Avant de quitter l'archipel pour regagner Rome dans l'après-midi, Léon XIV devait célébrer une messe en plein air sur le port de Santa Cruz, rassemblant plusieurs dizaines de milliers de fidèles. Ce déplacement aux Canaries constituait la dernière étape d'un voyage espagnol entamé le week-end précédent, qui l'avait conduit à Madrid et Barcelone, où des foules importantes avaient suivi ses apparitions publiques.
Selon les chiffres du ministère espagnol de l'Intérieur, près de 18 000 migrants ont rejoint l'archipel sur des embarcations de fortune l'an passé, un nombre en nette diminution par rapport aux quelque 50 000 entrées irrégulières enregistrées en 2024.