Le pape Léon XIV a conclu sa visite d'une semaine en Espagne par une étape poignante dans l'archipel des Canaries, jeudi 11 juin 2026. Devant le port d'Arguineguín, sur l'île de Grande Canarie, le souverain pontife a dénoncé avec force « l'indifférence de nombreux individus qui laissent les pauvres être engloutis par l'exploitation ou l'oubli », alors que la route migratoire atlantique continue d'être meurtrière.

Le pontife a lancé un bouquet de fleurs dans l'océan, un geste destiné à honorer les milliers de candidats à l'exil qui ont perdu la vie en tentant de rejoindre les côtes espagnoles. Selon les données de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1 172 personnes sont mortes ou ont disparu sur cette voie maritime au cours de l'année 2025.

Un lieu chargé de symbole

Arguineguín n'a pas été choisi au hasard. Ce port avait été le théâtre de graves incidents en 2021, durant la pandémie de Covid-19, lorsque plus de 3 000 migrants arrivés simultanément avaient été parqués dans des conditions dénoncées comme indignes. C'est dans ce cadre que Léon XIV a également fustigé « les monstres qui rôdent sur ces mers : des mafias qui font commerce du désespoir, des trafiquants qui réduisent en esclavage des femmes et des enfants ».

En présence du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, le pape a livré un discours aux accents politiques. Il a interpellé à la fois les pays d'origine des migrants – estimant qu'« ils doivent créer les conditions de paix, de justice et de développement » – et l'Europe tout entière. « Elle ne peut proclamer la dignité humaine et s'habituer à ce que la Méditerranée et l'Atlantique soient des cimetières sans pierres tombales », a-t-il martelé.

Appel à des voies légales

Léon XIV, né aux États-Unis et ayant longtemps vécu au Pérou, a plaidé pour la mise en place de « processus sérieux d'accueil et d'intégration », ainsi que pour des « politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre ». Il a rappelé un principe qui lui est cher : « S'il existe un droit de chercher refuge lorsque la vie est menacée, il existe aussi le droit de ne pas avoir à migrer. »

Le souverain pontife a également appelé la communauté internationale à « une coopération efficace et persévérante » contre les réseaux de passeurs, insistant sur la nécessité d'offrir « des voies légales et sûres » aux exilés.

Témoignage d'une jeune migrante

Avant la cérémonie, une adolescente gambienne de 16 ans, Kaddijatou Jattaa, arrivée du Sénégal en novembre 2025, a confié sa gratitude pour l'accueil reçu aux Canaries. « Ils prennent soin de nous. On ne manque de rien », a-t-elle déclaré. Elle a exprimé le souhait d'apprendre l'espagnol, d'obtenir ses papiers et de travailler pour soutenir sa famille restée en Gambie.

Cette visite aux Canaries était la troisième et dernière étape du voyage espagnol de Léon XIV, entamé le samedi précédent. Après Madrid et Barcelone, le pape a choisi de se rendre dans ce carrefour des migrations pour réaliser le souhait de son prédécesseur, le pape François, décédé il y a un an sans avoir pu effectuer ce déplacement. Le séjour doit s'achever vendredi sur l'île de Tenerife, où le pontife visitera un centre d'accueil pour migrants avant de célébrer une messe en plein air sur le port de Santa Cruz.

Selon le ministère espagnol de l'Intérieur, près de 18 000 personnes sont parvenues aux Canaries l'an dernier à bord d'embarcations de fortune, un chiffre en net recul par rapport aux quelque 50 000 arrivées irrégulières enregistrées en 2024. La dangerosité de la traversée reste extrême, les frêles embarcations devant affronter de longues distances sur une mer aux courants puissants, passant parfois des jours, voire des semaines, en haute mer.