L'entrée en Bourse de Bending Spoons a été marquée par une forte hausse des actions dès les premiers échanges à Wall Street. La société, connue pour son portefeuille de marques internet historiques telles qu'AOL, a vu sa capitalisation atteindre 18 milliards de dollars lors de son introduction sur le Nasdaq. Le cofondateur Matteo Danieli, qui a sonné la cloche d'ouverture du marché, a livré une analyse sans concession des ressorts de cette ascension.
« Le succès de Bending Spoons ne doit rien au hasard », a-t-il déclaré, expliquant que l'entreprise applique depuis sa création une philosophie visant à « minimiser la chance » dans chaque décision. Selon lui, cette approche, forgée après l'échec de leur première startup, consiste à éliminer systématiquement les variables aléatoires dans le développement des produits et la gestion des équipes.
Un modèle économique atypique
Née à Milan, Bending Spoons s'est fait une spécialité d'acquérir des applications payantes souvent en difficulté, d'en réduire drastiquement les effectifs et de confier leur maintenance à une équipe d'ingénieurs basée en Italie. Ce modèle, inspiré des méthodes du private equity, a suscité des critiques en raison des suppressions d'emplois qu'il entraîne, mais Danieli le défend comme le seul moyen de rendre ces logiciels rentables à long terme.
« Nous ne rachetons pas des entreprises pour les laisser telles quelles. Nous les transformons en profondeur, avec une discipline implacable », a-t-il ajouté. La société possède désormais une vingtaine de marques, dont les applications de retouche photo et de fitness, et revendique des centaines de millions d'utilisateurs actifs.
Un parcours semé d'embûches
Le chemin jusqu'au Nasdaq n'a pas été linéaire. Avant de connaître le succès, les fondateurs avaient lancé une première entreprise qui a fait faillite. Cette expérience, a confié Danieli, leur a appris que « sans processus rigoureux, même les bonnes idées échouent ». C'est de cet échec qu'est née la volonté de construire une organisation où chaque étape – du développement produit à la relation client – est codifiée et mesurée.
Le jour de l'introduction en Bourse, les investisseurs ont salué cette vision. Le titre a bondi de plus de 15 % dans les premières heures de cotation, portant la valorisation au-delà des attentes initiales. Les analystes soulignent que Bending Spoons bénéficie d'une croissance rentable rare dans le secteur des technologies grand public.
Des interrogations sur la pérennité
Malgré l'enthousiasme, certains observateurs s'interrogent sur la capacité de l'entreprise à maintenir ce rythme sans épuiser son réservoir d'acquisitions. Danieli a reconnu que la concurrence pour racheter des applications sous-valorisées s'intensifie, mais il assure que Bending Spoons dispose d'un avantage : sa maîtrise des coûts et son équipe d'ingénieurs « frugaux mais talentueux ».
« Nous n'avons pas besoin de levées de fonds supplémentaires pour croître. Notre trésorerie et notre modèle nous permettent d'être sélectifs », a-t-il précisé. La société vise désormais à élargir son portefeuille vers des applications professionnelles et des outils basés sur l'intelligence artificielle.
Une introduction en Bourse très attendue
L'opération avait été reportée à plusieurs reprises en raison des conditions de marché, mais l'appétit des investisseurs pour les valeurs technologiques rentables a finalement permis son aboutissement. Bending Spoons rejoint ainsi le club restreint des sociétés italiennes cotées à New York, une rareté dans le paysage européen.
Pour Matteo Danieli, ce n'est qu'une étape. « Notre objectif n'est pas d'être cotés, mais de bâtir une entreprise durable. La cotation n'est qu'un outil », a-t-il conclu, avant de rejoindre ses équipes pour célébrer cette nouvelle page de l'histoire de Bending Spoons.