Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés à Berlin pour dénoncer le sommet SuperReturn, le grand rendez-vous annuel des fonds d'investissement privés (private equity). Sous la bannière d'un collectif baptisé NoSuperReturn, les participants ont investi les abords de la station Wittenbergplatz, dans l'ouest de la capitale allemande, pour alerter sur ce qu'ils considèrent comme un « capitalisme prédateur ».
Un modèle économique contesté
Les fonds d'investissement privés fonctionnent en levant des capitaux auprès de grands investisseurs institutionnels – caisses de retraite, compagnies d'assurance, banques, ou particuliers très fortunés – pour acquérir des entreprises. Leur objectif déclaré est de les revendre avec une forte plus-value dans un délai de trois à cinq ans.
Selon les détracteurs de ce secteur, ces rendements élevés sont souvent obtenus en ayant recours à un endettement massif des sociétés acquises, technique appelée « rachat par effet de levier » (leveraged buyout). Les protestataires estiment que cette logique conduit à des plans de restructuration drastiques, à des suppressions d'emplois et à une hausse des prix pour les consommateurs.
Un sommet aux enjeux colossaux
Le SuperReturn, qui se tient à Berlin, réunit des participants gérant collectivement plus de 50 000 milliards de dollars d'actifs sous gestion, soit près de 43 000 milliards d'euros. Cette concentration de capitaux suscite la méfiance des opposants au secteur, qui dénoncent l'impact de ces fonds sur la répartition des richesses.
Sur place, une militante nommée Hedda a interpellé les passants en rappelant qu'en Allemagne, une analyse indique qu'un quart seulement des milliardaires le seraient devenus par leur propre travail, les trois quarts ayant hérité de leur fortune. « Quel impôt le gouvernement peut-il utiliser pour redistribuer équitablement cette richesse excessive issue d'une loterie génétique ? », a-t-elle lancé à la foule, suscitant des réponses sur l'impôt sur les successions.
Des revendications fiscales
Les manifestants arboraient des banderoles et des pancartes réclamant une taxation accrue des plus hauts revenus et des grandes fortunes. Le slogan « L'éléphant dans la pièce : Taxez les riches » figurait en bonne place parmi les messages affichés.
Ces actions s'inscrivent dans une contestation plus large de l'industrie du capital-investissement, dont le modèle de recherche de rendements très élevés est de plus en plus scruté par les mouvements altermondialistes et certaines organisations de gauche. Les critiques portent sur les pratiques fiscales des fonds, la répartition des profits et les conséquences sociales des restructurations imposées aux entreprises sous le contrôle de ces investisseurs.
Un contexte tendu pour le secteur
Ce sommet berlinois intervient dans une période où le secteur du private equity fait face à un environnement économique moins favorable, avec des taux d'intérêt plus élevés qui renchérissent le coût de l'endettement utilisé pour les acquisitions. Les rendements promises aux investisseurs deviennent plus difficiles à atteindre, ce qui pourrait accentuer les pressions sur les sociétés détenues en portefeuille.
Les organisateurs du SuperReturn n'ont pas répondu immédiatement aux critiques émises lors des manifestations. Le secteur défend généralement son rôle dans la restructuration d'entreprises en difficulté et son apport en capitaux pour financer la croissance des sociétés.
Une mobilisation durable
Le collectif NoSuperReturn a annoncé la poursuite de ses actions durant toute la semaine du sommet. Les militants comptent organiser d'autres rassemblements et des ateliers de sensibilisation sur ce qu'ils appellent les « méfaits du capitalisme financier », espérant attirer l'attention des décideurs politiques et du grand public sur les dérives potentielles de ce modèle d'investissement.