La capitale allemande est le théâtre d’une mobilisation d’ampleur alors que s’ouvre le SuperReturn, l’un des plus importants rassemblements mondiaux dédiés au capital-investissement. Des activistes, réunis sous la bannière NoSuperReturn, ont convergé mardi 16 juin vers la station de métro Wittenbergplatz, à Berlin, pour donner le coup d’envoi d’une semaine de contestation.
Un discours enflammé contre la richesse héritée
Au milieu d’une banderole géante et accompagnée d’une mascotte ours polaire vêtue d’une cape rose, une militante prénommée Hedda a interpellé les passants. « Quelle taxe le gouvernement peut-il utiliser pour redistribuer équitablement cette richesse excessive, issue d’une loterie génétique ? » a-t-elle lancé, citant une analyse selon laquelle, en Allemagne, seuls un quart des milliardaires seraient « self-made ». « L’impôt sur les successions ! » lui a répondu un passant, sous les applaudissements des manifestants, qui lui ont offert une pièce en chocolat doré.
Cette action vise directement les participants du SuperReturn, une conférence qui, d’après ses organisateurs, réunit des investisseurs représentant au total plus de 50 000 milliards de dollars (environ 43 000 milliards d’euros) d’actifs sous gestion.
Le modèle économique du private equity en ligne de mire
Les critiques portent sur le fonctionnement même du capital-investissement. Les explications données sur le modèle sont les suivantes : les fonds collectent des liquidités auprès de caisses de retraite, de compagnies d’assurance, de banques et de particuliers fortunés. Avec ce capital, ils rachètent des entreprises dans l’objectif de les revendre sous trois à cinq ans, en promettant des rendements bien supérieurs à ceux du marché boursier classique. Ce profit repose cependant largement sur l’endettement, une technique appelée « rachat par effet de levier ».
Pour les militants, le secteur privatise les profits et socialise les pertes
Selon les militants, ce modèle génère des conséquences néfastes : creusement des inégalités, suppressions d’emplois et hausse des prix pour les consommateurs. « L’éléphant dans la pièce : taxer les riches », pouvait-on lire sur une pancarte brandie par les manifestants. Le collectif NoSuperReturn dénonce un système où les actionnaires engrangent d’importants gains tandis que les risques sont transférés aux salariés et aux collectivités. Le secteur est régulièrement pointé du doigt pour ses pratiques d’optimisation fiscale et l’impact social de ses restructurations.
Un appel à la régulation
Au-delà de la dénonciation, les activistes appellent les pouvoirs publics à légiférer. Ils réclament notamment un alourdissement de l’impôt sur les successions pour les très grandes fortunes, ainsi qu’un encadrement plus strict des mécanismes de rachat par endettement. La conférence SuperReturn, qui se tient jusqu’à la fin de la semaine, devrait être ponctuée de nouvelles actions de protestation dans les rues de Berlin.
Un contexte de défiance envers la finance
Ce mouvement s’inscrit dans un climat de méfiance croissante envers les acteurs de la finance non régulée. Alors que les rendements promis par les fonds d’investissement peinent parfois à atteindre les objectifs affichés, les critiques sur leur gouvernance et leur contribution à la richesse nationale se multiplient en Europe.