Une élection décisive à l'ONU
Le 3 juin 2026, l'Assemblée générale des Nations unies procédera à l'élection de cinq nouveaux membres non permanents au Conseil de sécurité. Instance la plus puissante du système onusien, ce conseil dispose, selon la Charte des Nations unies, de « la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales ». Ses décisions, qui peuvent aller de l'imposition de sanctions au déploiement de missions de maintien de la paix, jusqu'à l'autorisation du recours à la force armée, s'imposent à l'ensemble des 193 États membres.
Le Conseil de sécurité compte cinq membres permanents dotés d'un droit de veto — États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France — auxquels s'ajoutent dix membres non permanents. Chaque année, cinq de ces dix sièges sont renouvelés pour un mandat de deux ans. C'est pour l'un de ces postes que l'Allemagne mène une campagne active.
La stratégie allemande : poids financier et engagement multilatéral
Pour emporter la compétition, Berlin met en avant son rôle de deuxième contributeur volontaire au budget des Nations unies, derrière les États-Unis. Dans un effort de communication officiel, le ministère allemand des Affaires étrangères souligne que « en tant que deuxième contributeur volontaire après les États-Unis, l'Allemagne est un partenaire fiable de l'ONU depuis plus de cinquante ans ». Le site spécialement dédié à cette candidature rappelle également que le pays a déjà siégé à six reprises comme membre non permanent du Conseil.
Fin avril, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, s'est rendu au siège de l'ONU à New York pour défendre la candidature de son pays. « Je dirais que les chances sont bonnes, mais c'est une compétition et c'est la démocratie. Donc nous pouvons gagner. Nous pouvons perdre. Les deux sont possibles », a-t-il déclaré. Il a ajouté que l'Allemagne disposait de « bons arguments », qu'elle s'engageait dans « ce monde » et dans « le système onusien », faisant valoir tant son statut de donateur que son expérience passée au sein de l'instance.
Des ambitions et des interrogations
Si le pays obtenait ce siège, quelles seraient ses priorités ? Dans une courte vidéo intitulée « More than a seat at the table » (Plus qu'un siège à la table), conçue spécifiquement pour appuyer la candidature allemande, le message est le suivant : « Nous sommes prêts à prendre un siège pour agir. Pour le respect, la justice et la paix. » Le ministère des Affaires étrangères précise quant à lui que « au Conseil de sécurité, l'Allemagne entend se concentrer sur la prévention des conflits, la résolution des crises, le climat et la sécurité ».
Cette plateforme, bien que consensuelle, peine à constituer un argument distinctif pour la candidature allemande. Johannes Varwick, professeur de relations internationales à l'université Martin-Luther de Halle-Wittemberg, juge le résultat de l'élection incertain. « Pendant des décennies, l'Allemagne a été largement acceptée comme un moteur des solutions politiques multilatérales dans de nombreuses parties du monde. Aujourd'hui, il existe de nombreux sujets de discorde », explique-t-il. Il mentionne parmi ces sujets le conflit israélo-palestinien — dont les détails précis n'ont pas été précisés dans les sources —, la guerre en Iran et le conflit en Ukraine. Toutefois, Varwick estime qu'à la fin, l'argument financier pourrait bien faire la différence.
Un possible contrepoint aux politiques américaines
Certains éléments de la campagne allemande semblent se présenter comme un contrepoint discret à la politique de fermeté de l'administration Trump, sans toutefois la nommer explicitement. Le ministère des Affaires étrangères allemand appelle ainsi à un « ordre international fondé sur des règles » et à la validité du droit international. « Le système onusien est sous pression », a reconnu Johann Wadephul à New York, ajoutant : « Je crois que la diplomatie reste très importante pour que la loi de la jungle ne prévale pas. » Il n'a pas mentionné Donald Trump nommément. Johannes Varwick note que même l'insistance de l'Allemagne sur ce point pourrait ne pas suffire à dissiper les accusations de deux poids, deux mesures dont le pays fait parfois l'objet.