Un plan de relance fiscale en débat

Alors que l’Allemagne peine à sortir d’une atonie conjoncturelle, le camp conservateur emmené par Friedrich Merz, vainqueur des élections législatives, accélère ses réflexions sur un vaste allégement fiscal. Selon des informations concordantes, l’enveloppe envisagée serait comprise entre 10 et 20 milliards d’euros, un montant qui fait l’objet d’âpres arbitrages au sein de la future coalition gouvernementale.

D’un côté, l’équipe du futur chancelier a officiellement présenté un paquet de réduction d’impôts de 10 milliards d’euros, destiné à soutenir la consommation des ménages et la compétitivité des entreprises. De l’autre, des sources proches des négociations font état de scénarios portant sur le double de cette somme, afin de donner un choc plus puissant à la première économie européenne.

Des chefs d’entreprise sceptiques

Les milieux patronaux accueillent ces annonces avec une certaine réserve. Plusieurs dirigeants de grands groupes allemands estiment que même 20 milliards d’euros ne suffiraient pas à provoquer une véritable inflexion de la croissance. « Le problème dépasse la seule question fiscale », confie l’un d’eux sous le couvert de l’anonymat. « Il faut aussi s’attaquer aux rigidités du marché du travail, au coût de l’énergie et à la bureaucratie. »

Certaines fédérations professionnelles réclament des mesures structurelles plus ambitieuses, comme une réforme en profondeur du système de retraite ou une accélération des investissements dans les infrastructures numériques et énergétiques. Le plan Merz, bien que salué comme un premier signal, est jugé « trop timide » par plusieurs observateurs économiques.

Des dissensions au sein de la coalition

Les tractations entre la CDU/CSU et son partenaire potentiel, le Parti social-démocrate (SPD), compliquent la fixation du montant définitif. L’aile gauche du SPD milite pour des hausses d’impôts sur les hauts revenus et les grandes fortunes, ce que rejette catégoriquement le camp conservateur. La question de la baisse de l’impôt sur les sociétés cristallise également les tensions : les libéraux du FDP, qui pourraient entrer dans une coalition « Jamaïque » (CDU/CSU, Verts, FDP), plaident pour une diminution plus marquée.

Pour l’heure, Friedrich Merz tente de maintenir une position centrale, tout en laissant filtrer qu’il est prêt à « aller plus loin » si les conditions économiques l’exigent. Un conseiller du futur chancelier a indiqué que l’objectif prioritaire est de « restaurer la confiance des investisseurs et des consommateurs ».

Un contexte de croissance atone

L’économie allemande traverse une phase délicate. Après une récession technique en 2023, la croissance est restée proche de zéro au premier semestre 2024, pénalisée par la faiblesse de la demande chinoise, la crise énergétique persistante et des taux d’intérêt élevés. Le Produit intérieur brut (PIB) n’a progressé que de 0,1 % au premier trimestre, et les prévisions pour l’ensemble de l’année sont régulièrement revues à la baisse.

Dans ce contexte, la future coalition entend utiliser la marge de manœuvre budgétaire dégagée par la réforme du frein à l’endettement, qui pourrait être assoupli pour financer des investissements et des baisses d’impôts sans violer les règles constitutionnelles.

Calendrier et prochaines étapes

Le nouveau gouvernement devrait être officiellement formé d’ici à la fin de l’été. Un premier projet de loi de finances rectificative, incluant les mesures fiscales, pourrait être présenté au Bundestag dès septembre. D’ici là, les discussions se poursuivent au sein des groupes parlementaires et avec les représentants des Länder.

Friedrich Merz a promis une « réforme fiscale historique » lors de son discours d’investiture prévu en septembre. Les milieux économiques attendent désormais des actes à la hauteur des annonces.