Les chiffres sont à la hauteur de la frénésie autour de l'intelligence artificielle : Samsung Electronics a annoncé mardi un bénéfice d'exploitation de 89 400 milliards de wons (près de 58 milliards de dollars) pour la période d'avril à juin. Ce résultat dépasse de très loin celui de la même période l'an dernier (4 700 milliards de wons) et, à lui seul, il est supérieur à l'ensemble des bénéfices cumulés des années 2024 et 2025. Le chiffre d'affaires a lui aussi plus que doublé sur un an, pour atteindre environ 112 milliards de dollars.
Cette performance exceptionnelle est directement liée à l'explosion de la demande en puces mémoire utilisées dans les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Les investissements massifs des grandes entreprises technologiques dans les infrastructures de calcul alimentent la croissance des fabricants de semi-conducteurs, Samsung en tête.
Un paradoxe boursier
Malgré ces résultats spectaculaires, le titre Samsung a reculé de plus de 8 % à la Bourse de Séoul après la publication. Ce mouvement illustre le niveau d'attentes démesuré des investisseurs, qui tablaient sur des chiffres encore plus élevés. L'action du groupe a pourtant plus que doublé depuis le début de l'année, dopée par l'engouement pour l'IA.
La Corée du Sud connaît une véritable fièvre boursière. L'indice Kospi, principal indice de Séoul, a enregistré des records historiques récents, surperformant la plupart des grands marchés mondiaux. Il a plus que doublé sur les douze derniers mois. Selon des analystes, près de 90 % de cette progression serait imputable à deux seules valeurs : Samsung et SK Hynix, autre fabricant de puces mémoire. Les deux sociétés ont d'ailleurs franchi cette année le cap du billion de dollars de capitalisation boursière. « Le marché actions n'a jamais été aussi concentré », soulignent-ils.
Volatilité et paris individuels
Cet afflux de liquidités a attiré de nombreux investisseurs particuliers, générant une volatilité croissante ces derniers mois. Si les stratégistes mettent en garde contre un « chemin semé d'embûches, compte tenu de la volatilité inhérente au secteur de la mémoire », ils anticipent tout de même une hausse de 20 % du Kospi au second semestre, soutenue par une « croissance bénéficiaire exceptionnellement forte ».
En conclusion, le paradoxe Samsung résume bien l'ambiance des marchés : des profits records ne suffisent plus à satisfaire des investisseurs habitués à des rendements toujours plus élevés, dans un secteur où l'IA devient le moteur unique de la performance.