L'historienne a consacré des années à documenter l'ascension de Bernard Arnault, le propriétaire du groupe LVMH, dans un ouvrage intitulé « Bernard Arnault, son univers impitoyable ». Ce livre, qui vient de paraître, se présente comme une enquête approfondie sur ce que l'auteure qualifie d'« oligarque du luxe ». Il explore les zones d'ombre du parcours de l'une des plus grandes fortunes mondiales, en s'appuyant sur des documents financiers, des témoignages et des archives.

Le projet éditorial a été émaillé d'incidents. Julia Pavlowitch, l'éditrice de l'ouvrage, a révélé avoir subi un cambriolage à son domicile avant la publication du livre. Dans un entretien, elle associe ce vol aux menaces à peine voilées qui ont entouré la conception de l'enquête. « J'ai été cambriolée avant la publication de l'enquête sur Bernard Arnault », a-t-elle déclaré, sans que les auteurs présumés du vol aient été formellement identifiés comme liés à l'affaire. Elle évoque également des pressions indirectes et des difficultés à assurer la promotion de l'ouvrage, certains médias et librairies ayant, selon elle, hésité à s'associer à cette publication en raison de l'influence de l'homme d'affaires.

Des méthodes de gestion contestées

Le livre détaille les stratégies de gestion employées par Bernard Arnault depuis la reprise de Boussac en 1984. L'historienne y décrit un système de gestion implacable, marqué par des licenciements massifs et des délocalisations, qui lui a valu le surnom d'« oligarque du luxe ». L'enquête revient également sur les relations de LVMH avec les autorités fiscales françaises et internationales, ainsi que sur l'impact environnemental de ses activités.

L'auteure s'attache à démontrer comment le patron de LVMH a bâti un empire en utilisant des montages financiers complexes et en s'appuyant sur un réseau d'influence politique et médiatique. Elle met en lumière les mécanismes de contournement des régulations, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, tout en restant dans la légalité.

Un contexte de réticence médiatique

L'éditrice Julia Pavlowitch a témoigné des obstacles rencontrés pour la sortie du livre. Elle pointe du doigt une autocensure dans certains médias, craignant des représailles de la part du groupe LVMH, dont le pouvoir économique est considérable en France. « Il y a une forme d'omerta », a-t-elle affirmé, précisant que plusieurs figures publiques contactées pour préfacer l'ouvrage ont refusé par crainte de nuire à leurs intérêts professionnels.

Ce climat a conduit l'équipe éditoriale à renforcer les mesures de sécurité autour du manuscrit et à anticiper d'éventuelles actions en justice. L'ouvrage a néanmoins pu être diffusé dans les librairies indépendantes et en ligne, bénéficiant d'un relais sur les réseaux sociaux.

Un débat sur la transparence du capitalisme français

La publication de ce livre relance le débat sur la concentration des pouvoirs économiques et médiatiques en France. Des représentants d'organisations non gouvernementales et des syndicats ont salué le courage de l'historienne, tandis que des experts en droit des affaires rappellent que les pratiques de LVMH ont toujours été validées par les autorités compétentes.

Bernard Arnault, qui figure parmi les trois premières fortunes mondiales selon le classement Forbes, n'a pas commenté publiquement la parution de l'ouvrage. Ses services juridiques n'ont pas engagé d'action en diffamation à ce stade, mais les avocats du groupe surveillent de près les réactions suscitées par l'enquête.