Le sénateur américain Bernie Sanders a fait savoir qu’il soumettrait prochainement au Congrès une législation destinée à faire de l’intelligence artificielle une richesse collective. Baptisé « American A.I. Sovereign Wealth Fund Act », ce texte prévoit de prélever une taxe unique de 50 % sur les actions des principaux acteurs du secteur — non pas sur leurs bénéfices, mais directement sur leur capital sous forme de titres. Les parts ainsi collectées alimenteraient un fonds souverain dont la propriété reviendrait à l’ensemble de la population américaine.

Dans une tribune publiée début juin, le parlementaire, figure de la gauche américaine, a estimé que l’IA constitue « presque certainement la technologie la plus transformative de l’histoire du monde ». Il a souligné que celle-ci est bâtie sur l’intelligence collective de l’humanité : livres, musiques, œuvres artistiques, articles de presse, codes informatiques, recherches scientifiques, vidéos, conversations, images et idées accumulés au fil des générations. « Selon Sam Altman, le dirigeant d’OpenAI, les modèles d’IA ont été entraînés sur notre “expérience collective, notre savoir” et “les apprentissages de l’humanité” », a rappelé Bernie Sanders.

Des milliardaires qui « ont volé » le travail créatif

Le sénateur a dénoncé le fait que les géants de la tech aient, pour l’essentiel, nourri leurs algorithmes « sans autorisation, sans reconnaissance, sans compensation ». Il a qualifié cette pratique de spoliation du travail de millions de personnes — écrivains, artistes, musiciens, journalistes, enseignants, scientifiques et citoyens ordinaires — par « certains des individus les plus riches de la planète ». Selon lui, il est temps de « reprendre » ce bien commun.

Un contrôle démocratique face aux oligarques de la tech

La proposition de Bernie Sanders vise à répondre à une question fondamentale : « Qui possédera et contrôlera cet avenir ? » Il a mis en garde contre un scénario où « une poignée de milliardaires qui ont promu et développé l’IA, sans quasiment aucune contribution démocratique, deviendraient encore plus riches et plus puissants qu’ils ne le sont aujourd’hui ». Les noms d’Elon Musk (xAI), de Sam Altman (OpenAI) et de Dario Amodei (Anthropic) sont explicitement cités comme représentants de ces intérêts privés, aux côtés des investisseurs en capital-risque de la Silicon Valley et des gestionnaires de fonds de Wall Street.

Un fonds souverain pour redistribuer les richesses

Le mécanisme imaginé par le sénateur est calqué sur le principe des fonds souverains, déjà utilisés par certains pays pour gérer des revenus issus de ressources nationales. En prélevant 50 % du capital des grandes entreprises d’IA sous forme d’actions — et non en taxant leurs profits —, l’État fédéral deviendrait actionnaire de ces sociétés. Les dividendes et les plus-values générés par ces participations bénéficieraient alors directement à la collectivité, via le fonds souverain. Bernie Sanders n’a pas précisé la date exacte du dépôt de son texte, mais a indiqué qu’il interviendrait « prochainement ».

Un débat qui dépasse les frontières américaines

Bien que centrée sur les États-Unis, l’initiative du sénateur indépendant pose une question qui intéresse l’ensemble des démocraties : comment garantir que les bénéfices de l’IA ne soient pas confisqués par une poignée d’acteurs privés ? En faisant valoir que l’IA est « une ressource publique », Bernie Sanders cherche à placer le débat sur le terrain de la propriété collective, loin de la logique de simple régulation. Son intervention relance le débat sur la gouvernance d’une technologie dont les effets, estime-t-il, « affecteront profondément la vie de chaque homme, femme et enfant ».