Le Parlement bolivien a adopté dimanche une législation permettant au président Rodrigo Paz d'ordonner à l'armée de dégager les routes bloquées par des protestataires. Le texte, déjà entériné par le Sénat, a été approuvé par la Chambre des députés à l'issue d'un débat qui s'est prolongé dans la nuit de samedi à dimanche. Le chef de l'État devrait le promulguer dans les prochains jours.
La nouvelle disposition autorise les soldats à employer la force contre les manifestants et leur confère une « présomption de légalité » en situation de conflit, ce qui signifie que leurs actions seront considérées comme légitimes sauf preuve du contraire. Jusqu'à présent, l'armée n'intervenait qu'en soutien des forces anti-émeutes.
Une centaine de barrages à travers le pays
Les autorités recensent environ une centaine de points de blocage sur le réseau routier national. Ces entraves provoquent des pénuries de nourriture et de médicaments, selon les responsables officiels. Samedi, dans la localité de San Julian, des dizaines de policiers anti-émeutes appuyés par des véhicules militaires ont fait usage de gaz lacrymogènes pour tenter de rétablir la circulation. Les opposants ont riposté en lançant des pierres et en brûlant des pneus.
Les manifestations, qui durent depuis plusieurs semaines, rassemblent des agriculteurs, des mineurs et des syndicats de transporteurs. Le mouvement de contestation s'inscrit dans un mécontentement plus large face à la hausse de l'inflation, à la faiblesse des salaires et à la décision du président de supprimer les subventions aux carburants.
Un contexte de crise économique et de tensions politiques
Rodrigo Paz, élu l'année dernière, s'est positionné en dirigeant favorable aux entreprises, promettant de sortir le pays de la crise économique persistante. Son gouvernement bénéficie du soutien affiché des États-Unis. L'administration de Donald Trump, via la coalition régionale « Bouclier des Amériques », a exprimé sa solidarité avec l'exécutif bolivien face à ce qu'elle qualifie de tentatives de déstabilisation.
Cette adoption législative fait suite au vote, le mois dernier, par le Parlement bolivien, de l'abrogation d'une loi de 2020 qui limitait le recours de l'armée pour réprimer les manifestations.
Réactions et prochaines étapes
Le président de la Chambre des députés, Roberto Castro, a déclaré : « Cette loi est adoptée », scellant le vote parlementaire. La mesure offre au chef de l'État un outil légal pour tenter de mettre fin aux blocages qui paralysent l'économie et entravent l'approvisionnement des populations. Il reste à voir si l'application de cette loi permettra d'apaiser la contestation ou si elle risque d'exacerber les tensions.