Le chef de l’État bolivien a officialisé la loi adoptée la veille par le Parlement, qui habilite l’armée à intervenir pour mettre fin aux blocages de routes. La mesure, signée le 8 juin, élargit les prérogatives des forces armées dans le cadre d’un mouvement de protestation qui paralyse plusieurs axes stratégiques du pays.
Le texte législatif, approuvé le 7 juin par les députés et sénateurs réunis en session, prévoit que les militaires peuvent être déployés pour disperser les barrages et rétablir la libre circulation. Les manifestants, qui bloquent des routes depuis plusieurs semaines, protestent contre des décisions économiques et sociales du gouvernement. Les pénuries de carburant et de denrées alimentaires se sont aggravées dans plusieurs régions.
Un outil juridique renforcé La nouvelle loi encadre strictement l’usage de la force : les militaires ne peuvent agir que sur ordre du commandement et dans le respect des droits humains. Le texte précise que les barrages constituent une entrave à la sécurité nationale et justifient une réponse exceptionnelle. L’opposition parlementaire a critiqué cette disposition, estimant qu’elle risque de militariser la gestion des conflits sociaux.
Le président, qui n’a pas fait de déclaration publique lors de la signature, a chargé le ministre de la Défense de coordonner les opérations. Des unités de l’armée ont déjà été positionnées à proximité des principaux points de blocage, dans l’attente d’un ordre d’intervention.
Mobilisation en cours Les organisations à l’origine du mouvement de contestation ont annoncé leur intention de maintenir les barrages, malgré la nouvelle loi. Dans un communiqué, elles dénoncent une « criminalisation de la protestation » et appellent à la solidarité nationale. Le gouvernement, de son côté, assure que la priorité reste le dialogue, mais que l’État ne peut tolérer la paralysie de l’économie.
Les experts juridiques soulignent que cette loi modifie profondément le cadre d’intervention des forces armées en temps de paix. Jusqu’à présent, l’armée ne pouvait être déployée qu’en cas d’état d’exception déclaré par le gouvernement. Désormais, la simple existence de barrages routiers justifie un recours aux militaires, sans passer par une procédure d’urgence.
Sur le terrain, les blocages persistent. Les régions du Beni et de Santa Cruz sont particulièrement touchées. Les transports de marchandises sont perturbés, et les prix des produits de première flambent. La mesure présidentielle vise à débloquer rapidement les axes les plus stratégiques, notamment les routes reliant l’est du pays à La Paz.
Réactions internationales Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont exprimé leur préoccupation. Elles redoutent un usage disproportionné de la force et appellent à privilégier le dialogue. Le gouvernement bolivien a répondu que les militaires agiront avec retenue et que la loi respecte les engagements internationaux du pays.
La promulgation de cette loi intervient dans un climat politique tendu, alors que le pays se prépare à des élections générales dans les prochains mois. Les analystes estiment que le gouvernement cherche à rétablir l’ordre pour éviter que la crise n’entache le processus électoral.
En somme, la signature présidentielle marque une nouvelle étape dans la gestion de la contestation sociale en Bolivie. Le pays attend désormais de voir si le déploiement militaire permettra de lever les barrages sans heurts majeurs.