Le président bolivien Rodrigo Paz a proclamé, samedi 20 juin, l'état d'exception sur tout le territoire national, mettant fin à plusieurs semaines de tentative de dialogue dans un contexte de mobilisations sociales ininterrompues depuis près de deux mois. Dans une allocution télévisée, il a justifié cette mesure par l'épuisement de « toutes les voies du dialogue », après avoir conclu des accords avec les organisations dont les revendications lui semblaient légitimes et identifié ceux qui, selon lui, recouraient à la violence pour déstabiliser le pays.
Cette décision intervient alors que la contestation, partie d'une suppression brutale des subventions aux carburants décidée par le gouvernement pour réduire le déficit budgétaire dans un contexte de pénurie de dollars et de négociations avec le Fonds monétaire international, s'est transformée en un mouvement de défiance plus large. Les syndicats réclament désormais des hausses de salaires, la fin des pénuries de carburant et de dollars, ainsi que la démission du président. Plusieurs groupes de protestation, dont beaucoup sont alliés à l'ancien président de gauche Evo Morales, ont coupé des routes stratégiques, bloquant les camions et asphyxiant l'approvisionnement en nourriture, carburant et médicaments de nombreuses régions, y compris de la capitale administrative La Paz.
Un accord signé la veille
Le décret d'exception a été promulgué quelques heures seulement après que le président Paz a annoncé un accord conclu vendredi avec la principale centrale syndicale du pays, la Confédération des travailleurs boliviens (COB). Ce texte prévoyait la levée des mesures de pression de la part de cette organisation. Cependant, d'autres, parmi les mouvements protestataires, ont indiqué qu'ils maintenaient leur mobilisation.
Le recours à l'état d'exception élargit les prérogatives constitutionnelles de l'exécutif pour rétablir l'ordre, en particulier en autorisant l'envoi des forces armées pour dégager les barrages routiers. Cette mesure intervient après plus de six semaines de protestations et de blocages qui ont gravement entravé la vie économique du pays andin.