La Bolivie au bord du gouffre

La situation bolivienne franchit un nouveau palier de tension. Alors que les manifestations antigouvernementales entament leur quatrième semaine, le président Rodrigo Paz a qualifié la situation de « point de rupture » (breaking-point), mercredi 27 mai. Les blocages qui paralysent l'accès à La Paz, la capitale politique du pays, provoquent des pénuries de denrées alimentaires, de carburant et de médicaments.

Le chef de l'État, au pouvoir depuis six mois, est confronté à une vague de colère populaire d'une ampleur inédite. Des travailleurs à faibles revenus et des membres de la majorité indigène, qui constitue le socle démographique du pays, réclament son départ. Arrivé à la tête de l'État en pleine crise économique – la plus grave depuis quatre décennies – Rodrigo Paz applique une politique libérale soutenue par Washington.

Le gouvernement accuse un ancien président en fuite

Face à la contestation, l'exécutif a choisi une stratégie d'accusation ciblée. Il attribue la responsabilité des troubles actuels à un ancien dirigeant en fuite. Le nom de l'ex-président, dont la justice bolivienne recherche l'arrestation, est régulièrement invoqué par les autorités comme étant le véritable instigateur des blocages et de l'agitation sociale. Cette thèse vise à décrédibiliser le mouvement de protestation en le présentant comme instrumentalisé par une figure politique déchue plutôt que comme une expression authentique du mécontentement populaire.

Des gestes d'apaisement insuffisants

Le locataire du palais présidentiel avait déjà tenté de calmer la rue en réduisant de moitié son propre salaire, une mesure annoncée quelques jours plus tôt. Ce geste, présenté comme un effort de solidarité avec une population frappée par l'inflation et la pénurie, n'a pas suffi à désamorcer la colère. La persistance des blocages et les pénuries qui s'aggravent de jour en jour montrent que les manifestants n'entendent pas renoncer à leur exigence principale : le départ du président.

Un équilibre instable

L'étau se resserre sur La Paz, où l'approvisionnement devient critique. Les hôpitaux signalent des ruptures de stocks de médicaments vitaux, tandis que les stations-service sont à sec et que les marchés voient leurs étals se vider. Le gouvernement, tout en dénonçant une manipulation politique de la contestation, n'a pas encore annoncé de mesures concrètes pour rétablir l'ordre autrement que par la voie rhétorique.

La communauté internationale observe avec inquiétude la dégradation de la situation. Les États-Unis, allié de Rodrigo Paz, n'ont pour l'heure pas pris position publiquement sur la crise, mais leur soutien au président bolivien est connu.

Reste à savoir si l'accusation portée contre l'ancien dirigeant fugitif permettra au gouvernement de regagner une partie de sa légitimité, ou si elle ne fera qu'attiser davantage la défiance des manifestants, qui dénoncent une manœuvre de diversion.