Quatre agents de police ont été blessés par des tirs alors qu'ils tentaient de débloquer une route dans l'est de la Bolivie, a-t-on appris auprès de sources sécuritaires. L'incident, survenu dans le département de Santa Cruz, illustre la montée des tensions alors que les manifestations contre le chef de l'État entrent dans leur deuxième mois.

Les faits se sont déroulés lorsqu'une patrouille a été prise pour cible par des inconnus lors d'une intervention visant à rétablir la circulation sur un axe stratégique. Les policiers touchés ont été évacués vers un hôpital local ; leur état de santé n'a pas été précisé dans l'immédiat. Aucune arrestation n'a été signalée à ce stade.

Un mouvement social qui s'enracine

Depuis plusieurs semaines, des milliers de Boliviens, emmenés par des syndicats et des organisations paysannes, bloquent les principales voies d'accès à La Paz et dans plusieurs régions du pays. Leur revendication centrale est le départ du président Rodrigo Paz, accusé de mener une politique austéritaire et de réprimer les droits sociaux. Selon le leader syndical Aquilardo Caricari, interrogé par un confrère, "nous sommes tous réunis autour d'une revendication : le départ de Rodrigo Paz".

Les blocages, qui paralysent l'approvisionnement en carburant et en denrées alimentaires, ont provoqué des pénuries dans plusieurs villes. La réponse du gouvernement a oscillé entre la négociation et la fermeté. Le mois dernier, l'exécutif a promulgué une loi permettant de déclarer l'état d'exception, une mesure qui autorise des restrictions des libertés de réunion et de circulation. Cette disposition, perçue comme une tentative d'étouffer la protestation, a été dénoncée par les organisations de défense des droits humains.

Des violences qui s'intensifient

Les affrontements entre forces de l'ordre et manifestants ont déjà fait plusieurs blessés des deux côtés. Des témoins rapportent que des milices pro-gouvernementales, qualifiées d'extrême droite par les opposants, auraient participé à la répression. Le leader syndical Caricari a estimé que ces violences étatiques et la menace d'un recours à l'armée "ne font qu'alimenter la colère et la détermination des protestataires".

L'opposition accuse par ailleurs le gouvernement de vouloir criminaliser la contestation. En fin de semaine dernière, le pouvoir a pointé du doigt un ancien dirigeant en fuite, qu'il tiendrait pour responsable de l'attisement de la crise. De son côté, l'exécutif justifie la fermeté par la nécessité de maintenir l'ordre et de garantir l'approvisionnement du pays.

Un pays sous tension

La Bolivie traverse ainsi l'une des crises politiques les plus graves depuis le retour à la démocratie. La communauté internationale suit de près la situation. L'Organisation des États américains a appelé au dialogue, sans que cet appel n'ait pour l'heure débouché sur une médiation concrète.

Alors que les négociations entre le gouvernement et les représentants de la société civile restent au point mort, les incidents armés de Santa Cruz risquent de compliquer encore la recherche d'une issue pacifique. Les prochains jours diront si l'exécutif choisit d'intensifier la répression ou de tendre la main à ses opposants pour tenter de sortir de l'impasse.