Jean Messiha a annoncé avoir restitué l'intégralité des sommes collectées via une cagnotte en ligne destinée aux familles des agents pénitentiaires tués lors de l'évasion de Mohamed Amra. Le montant, qui s'élève à 42 000 euros, a été, selon ses déclarations, reversé sous forme de chèques adressés directement aux deux veuves concernées.
Cette affaire, qui a suscité une vive émotion, oppose l'ancien porte-parole d'un parti politique à la famille de Fabrice Moello, l'un des deux surveillants mortellement blessés lors de l'attaque du fourgon pénitentiaire à Incarville, dans l'Eure. Une plainte pour abus de confiance a été déposée par la veuve de la victime, qui affirme n'avoir jamais reçu les fonds collectés en leur nom.
La version de Jean Messiha : une erreur de la plateforme
Pour se justifier, Jean Messiha a expliqué que la plateforme de financement participatif lui avait versé les fonds par erreur, alors que la cagnotte était destinée aux familles des agents. Il a précisé que cette somme, qu'il a qualifiée de « pour d'autres », lui avait été transmise sans qu'il en fasse la demande. « Je rembourse d'ici la fin de la semaine les 42 000 euros », avait-il déclaré avant d'effectuer le remboursement, ajoutant qu'il entendait ainsi mettre fin à la polémique.
Selon lui, la somme a été créditée sur son compte personnel à la suite d'une erreur de la part de l'opérateur de la cagnotte. Il a également indiqué qu'il avait pris contact avec les proches des agents pour organiser la restitution, sans toutefois entrer dans le détail des échanges.
La contre-offensive de l'avocat de la veuve
Cette version est vivement contestée par Matthieu Chirez, le conseil de la veuve de Fabrice Moello. Ce dernier a dénoncé ce qu'il considère comme des mensonges de la part de Jean Messiha. « Jean Messiha va devoir répondre de ses actes », a-t-il déclaré, laissant entendre que le remboursement tardif ne suffit pas à effacer la faute.
L'avocat a rappelé que la plainte pour abus de confiance a été déposée avant même que l'ancien haut fonctionnaire n'annonce la restitution des fonds. Il a également souligné que les explications fournies n'étaient pas crédibles, estimant qu'il est « impossible » qu'une plateforme comme celle utilisée verse une telle somme par erreur à un particulier sans aucune vérification. « La justice devra déterminer si les faits constituent une escroquerie ou un abus de confiance », a-t-il ajouté.
Une plainte pour abus de confiance
La procédure judiciaire est désormais en cours. La veuve de Fabrice Moello a formalisé sa plainte auprès du parquet de Paris, accusant Jean Messiha d'avoir détourné à son profit les dons versés par des centaines de particuliers. Les fonds, collectés dans l'émotion qui a suivi le drame, étaient destinés à soutenir les épouses et les enfants des deux agents tués.
Cette plainte pourrait déboucher sur une enquête préliminaire, voire l'ouverture d'une information judiciaire. Si les faits étaient avérés, l'abus de confiance est passible de plusieurs années d'emprisonnement et d'une amende.
Le contexte de l'évasion de Mohamed Amra
Rappelons que les faits se sont produits lors de l'évasion spectaculaire de Mohamed Amra, un détenu multirécidiviste. Lors de l'attaque du fourgon pénitentiaire, deux agents, Fabrice Moello et un autre surveillant, avaient été tués par balles, provoquant une onde de choc dans le pays. Une cagnotte avait rapidement été lancée par Jean Messiha sur une plateforme de financement participatif, afin de venir en aide aux familles des victimes.
Cette initiative avait été saluée par de nombreuses personnalités politiques et par le grand public, permettant de récolter plus de 40 000 euros en quelques jours. Mais les soupçons de détournement sont apparus lorsque les proches des défunts ont indiqué n'avoir reçu aucune somme.
Un précédent qui interroge
Cette affaire n'est pas la première à mettre en cause la gestion des cagnottes en ligne en France. Plusieurs cas similaires ont déjà défrayé la chronique, soulevant des questions sur le contrôle des fonds collectés et la responsabilité des plateformes. Dans ce dossier, la justice devra trancher entre la thèse de l'erreur et celle du détournement, alors que les versions divergent radicalement.