Du 9 au 12 juillet, les opposants au canal Seine-Nord Europe se rassemblent dans le Pas-de-Calais pour réclamer l'abandon pur et simple du projet. Les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais ont autorisé cette manifestation, organisée par le collectif Mégacanal non merci et les Soulèvements de la Terre.

Le projet prévoit le creusement d'un canal de 107 kilomètres en parallèle de l'actuel canal du Nord, afin de permettre le passage de péniches de très grande taille. Mais la facture a explosé : estimé initialement à 2,6 milliards d'euros, le coût avoisine désormais 7 milliards. À ce stade, environ 15 % seulement des marchés de construction ont été attribués.

Deux rapports officiels, l'un de la Cour des comptes, l'autre du Comité d'orientation des infrastructures (COI), ont récemment émis de sérieuses réserves sur la viabilité du projet. La Cour des comptes prévient qu'en cas de croissance moins favorable du transport de marchandises, « le projet serait destructeur de valeur ». Le président du COI, David Valence, a indiqué devant le Sénat, le 1er juillet, que seuls « quelques kilomètres de lit artificiel sur l'Oise » ont été creusés et que l'infrastructure n'est pas encore irréversible. Il situe l'échéance après laquelle il deviendra difficile d'arrêter le chantier à la fin du second semestre 2026.

En revanche, le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, affirme que « la marche arrière a été cassée » et que le chantier est déjà engagé. Les promoteurs du canal misent sur un report massif du fret routier vers le fluvial, avec pour objectif d'éviter le passage d'un million de camions à l'horizon 2100. Pour y parvenir, le trafic de marchandises sur cette portion devrait être multiplié par quinze, un scénario que les services de l'État jugeaient « exagérément optimiste » dès 2013.

Les opposants dénoncent également l'impact environnemental considérable sur les zones humides et les milieux naturels. La Société du canal Seine-Nord Europe (SCSNE), maître d'ouvrage, n'a, selon eux, jamais démontré la pertinence socio-économique du projet. Les prochaines semaines seront décisives : l'État, les collectivités locales et l'Union européenne doivent encore clarifier des points essentiels, à commencer par la justification même du canal.