Le bilan humain de la double secousse qui a ravagé le Venezuela la dernière semaine de juin continue de s'alourdir. D'après les derniers chiffres communiqués par le gouvernement, 3 889 personnes ont perdu la vie dans cette catastrophe naturelle. Ce nouveau total, en hausse par rapport aux précédents bilans, illustre l'ampleur des dégâts dans un pays déjà fragilisé par une grave crise économique et politique.
Alors que les opérations de secours cèdent peu à peu la place au déblaiement et à l'évaluation des destructions, la communauté internationale s'inquiète des conséquences humanitaires. L'Organisation des Nations unies a jugé la situation suffisamment critique pour demander un allègement des mesures punitives imposées à Caracas depuis plusieurs années. Les sanctions, principalement américaines et européennes, visent des responsables politiques et économiques, mais touchent de plein fouet l'ensemble de l'économie vénézuélienne.
Des besoins colossaux pour se relever
Les estimations officielles chiffrent à plus de 37 milliards de dollars les besoins de reconstruction du Venezuela. Une somme vertigineuse pour un État dont les caisses sont vides et dont la production pétrolière s'effondre. Les infrastructures vitales (routes, hôpitaux, écoles, réseaux électriques et d'eau potable) ont subi des dommages considérables. Les deux épicentres, situés dans les États de La Guaira et de l'ouest du pays, concentrent l'essentiel des destructions.
Dans ce contexte, l'appel de l'ONU vise à permettre l'acheminement sans entrave de l'aide humanitaire et des biens de première nécessité. Les Nations unies soulignent que le blocus de fait — via les sanctions — empêche le transfert de fonds, l'importation de matériel de reconstruction et même l'arrivée de certains médicaments et denrées. « La population n'a pas à payer le prix de différends politiques », résume un porte-parole onusien.
La polémique sur l'or vénézuélien
Parallèlement à ces annonces, la présidente par intérim du Venezuela a relancé une offensive diplomatique pour récupérer les réserves d'or détenues par la Banque d'Angleterre. Elle a adressé une requête au roi Charles III afin d'obtenir la restitution de cet or, estimé à plusieurs centaines de tonnes et bloqué à Londres depuis plusieurs années. Ces réserves, jadis constituées par le précédent gouvernement, sont devenues un enjeu majeur dans la crise de liquidités que traverse le pays.
Pour Caracas, la cession de cet or permettrait de financer une partie des achats urgents nécessaires à la reconstruction. Londres, de son côté, conditionne la libération de cet avoir à une clarification de la situation politique intérieure. Le précédent de l'invasion de l'Ukraine par la Russie a également durci la position britannique vis-à-vis des régimes considérés comme hostiles.
La pression internationale s'accentue
Plusieurs organisations humanitaires ont salué l'appel de l'ONU tout en estimant qu'il arrivait tard. Elles soulignent que les restrictions bancaires et commerciales ont déjà entravé les opérations de sauvetage durant les premières semaines. Des équipes de secouristes étrangers ont certes pu atterrir à Caracas, mais leur déploiement a été ralenti par les lourdeurs administratives liées aux sanctions.
L'aéroport international de Caracas, endommagé par les secousses, a été partiellement rouvert il y a quelques jours, permettant un afflux plus régulier d'aide. Toutefois, les vols humanitaires restent soumis à des autorisations spécifiques, ce que dénoncent les ONG. Le gouvernement vénézuélien, de son côté, impute la lenteur de la reconstruction à ce qu'il appelle un « blocus criminel ». Il a réitéré sa demande de levée totale des sanctions, sans quoi le pays ne pourra pas se relever seul.
Un pays en plein chaos politique
Outre la catastrophe naturelle, le Venezuela traverse une crise institutionnelle majeure. Un ministre actuellement recherché par Washington pour des faits présumés de corruption massive — pots-de-vin, chantage et opérations de communication frauduleuses — fait l'objet d'une prime de 25 millions de dollars promise par les États-Unis. Cette affaire, qui s'ajoute à la cascade de scandales, plonge un peu plus le pouvoir exécutif dans le discrédit.
Dans ce climat, les observateurs estiment que la reconstruction du Venezuela prendra des années, même si les sanctions étaient levées demain. Les infrastructures de base sont à reconstruire, l'économie est exsangue, et la confiance des investisseurs étrangers est anéantie. L'ONU insiste sur la nécessité d'un geste immédiat pour éviter une catastrophe humanitaire de grande ampleur, mais les blocages politiques restent nombreux.