Un bilan provisoire qui s’alourdit

L’épisode caniculaire exceptionnel qui a touché la France fin juin continue de produire des données alarmantes pour les autorités sanitaires. Selon les chiffres communiqués par Santé publique France le 3 juillet, 8 973 décès ont été enregistrés entre le 22 et le 28 juin, soit 2 025 morts supplémentaires par rapport à la semaine précédente. Cette hausse représente une augmentation de 29,1 % de la mortalité toutes causes confondues sur l’ensemble du territoire.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a toutefois appelé à la prudence en déclarant que « ces chiffres vont évoluer, ce ne sont pas 100 % des certificats de décès ». Les données utilisées pour ce bilan proviennent en effet des certificats électroniques, qui couvrent environ 60 % de la mortalité nationale, mais seulement 25 % des décès à domicile et 45 % de ceux survenus en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Le périmètre de l’étude porte sur 5 000 communes, représentant 84 % de la mortalité nationale.

Les seniors et le domicile particulièrement touchés

L’analyse des données montre que la surmortalité concerne principalement les personnes âgées de 45 ans et plus. La hausse des décès est particulièrement marquée à domicile, avec 605 morts supplémentaires, soit une augmentation de 91 %. Dans les Ehpad, la hausse atteint 37 % (402 décès), tandis qu’elle est de 19,7 % (1 013 décès) dans les établissements de santé.

Sur le plan géographique, presque toutes les régions métropolitaines sont concernées, à l’exception de l’Occitanie et d’Auvergne-Rhône-Alpes. Les plus fortes hausses relatives ont été enregistrées en Île-de-France (+62,8 %, 619 décès), dans les Pays de la Loire (+62 %) et en Normandie (+53 %).

Des causes multiples au-delà des coups de chaleur

Les effets de la chaleur sur la santé ne se limitent pas aux seuls coups de chaleur directs. Les fortes températures augmentent également les risques d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), de maladies cardiovasculaires, de complications de la grossesse et aggravent les maladies chroniques existantes. Elles peuvent aussi détériorer la santé mentale, jusqu’à conduire au suicide. S’y ajoutent une hausse des noyades, des accidents liés au manque de sommeil et les conséquences des pics de pollution à l’ozone ou aux particules fines émises par les feux de forêt.

Sur le terrain, les services funéraires ont été mis sous tension. Le responsable du funérarium international de Paris-Orly (Val-de-Marne), Zouhaier Hertelli, a ainsi rapporté avoir refusé 150 corps en un seul week-end, illustrant l’ampleur de la crise.

Des estimations divergentes et un bilan définitif attendu

Ce nouveau bilan fait état d’environ 1 000 décès de plus que le précédent, publié par Santé publique France le 28 juin. Des chiffres consolidés sont attendus d’ici trois semaines. Le bilan définitif ne sera toutefois connu que dans plusieurs mois, après l’analyse des certificats médicaux par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc) de l’Inserm. Les chercheurs détermineront alors si la chaleur est directement à l’origine des décès ou si elle y a contribué.

Parallèlement, une étude en prépublication du médecin-chercheur américain Christopher W. Callahan, de l’université de l’Indiana, estime que cette vague de chaleur a causé 20 390 décès en Europe, dont 5 210 en France. Plusieurs chercheurs jugent toutefois cette estimation probablement trop élevée, son modèle reposant sur des hypothèses qui pourraient surestimer l’impact réel.

Un funérarium parisien saturé

La saturation des services funéraaires est un indicateur de la gravité de la situation. Outre les déclarations de Zouhaier Hertelli, plusieurs établissements ont signalé des tensions similaires, obligeant les familles à attendre plusieurs jours pour organiser les obsèques. Cette situation, couplée à la hausse des températures, a poussé les autorités à renforcer les mesures de prévention pour les prochains épisodes caniculaires.