Une vague de chaleur d'une intensité exceptionnelle s'abat sur l'Europe occidentale et centrale depuis plusieurs jours, poussant les autorités à placer de vastes régions sous alerte rouge. En France, Météo-France a activé le niveau maximal de vigilance pour plus de la moitié des départements, avec des pointes à 42 °C prévues à Bordeaux. Le mercure devrait encore grimper dans les prochains jours, certains modèles évoquant des maximales dépassant les 40 °C dans plusieurs capitales européennes.

Le bilan humain s'alourdit. Dans le sud de la France, à Carpentras, deux enfants âgés de deux et quatre ans ont été retrouvés sans vie dans le véhicule familial, un drame attribué aux conditions caniculaires. En Allemagne, où le thermomètre a déjà atteint 38 °C, cinq personnes ont perdu la vie lors d'accidents de baignade ce week-end, dans un contexte de fortes chaleurs.

Les perturbations touchent également les transports. En Belgique, l'institut météorologique IRM prévoit des températures record pour la saison, et la compagnie ferroviaire nationale a annoncé la suppression de certains trains de pointe lundi et mardi en raison de la chaleur. Au Royaume-Uni, le Met Office a émis une rare alerte rouge pour mercredi et jeudi sur une partie de l'Angleterre et du pays de Galles, avec des prévisions de 38 °C. En Grèce, un incendie de forêt près d'Akraifnio, en Béotie, a contraint à la fermeture temporaire d'une autoroute sous l'effet du vent et de la sécheresse.

Un test pour les systèmes d'alerte mis en place après 2003

Cette canicule précoce, qui survient alors que l'été vient tout juste de débuter, rappelle aux Européens la catastrophe de l'été 2003, qui avait causé 70 000 décès sur le continent. Depuis, plusieurs pays ont renforcé leurs dispositifs de prévention : systèmes d'alerte précoce, ouverture de centres de rafraîchissement, registres des personnes âgées et vulnérables dans certaines villes comme Paris, qui reçoivent des appels de suivi lors des épisodes de fortes chaleurs.

« Nous nous sommes adaptés, mais c'est loin d'être suffisant pour ce qui nous attend », estime Pierre Masselot, épidémiologiste environnemental à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, interrogé sur l'efficacité des mesures actuelles. Le chercheur souligne que le nombre absolu de personnes âgées a augmenté de 40 % en vingt ans en Europe, rendant la population plus vulnérable aux extrêmes climatiques.

Une fréquence accrue des vagues de chaleur

Les relevés de Météo-France témoignent d'une accélération marquée : sur les 51 épisodes caniculaires enregistrés dans le pays depuis 1947, 34 sont survenus après l'an 2000, et 26 depuis 2011. Ce constat est partagé par les scientifiques, qui rappellent que la répétition des vagues de chaleur est un indicateur du réchauffement global.

Pour l'heure, les températures pourraient culminer mercredi dans de nombreuses zones. Le niveau d'alerte rouge, qui implique un « impact sanitaire fort », reste en vigueur en France, en Italie (où 12 villes dont Rome, Milan et Venise sont concernées), en Espagne (notamment au Pays basque, avec 40 °C prévus à Saint-Sébastien), en Allemagne, en Suisse et au Luxembourg. En Espagne, l'agence météorologique Aemet prévoit des écarts de 5 à 10 °C au-dessus des normales saisonnières, avec des pointes possibles à 44 °C.

L'absence de climatisation généralisée dans les logements et les bâtiments publics en Europe occidentale aggrave la situation, tout comme l'augmentation du nombre de seniors. Les mesures de protection, si elles ont permis d'éviter une répétition du scénario de 2003, sont aujourd'hui confrontées à un test grandeur nature.