Un basculement vers le Nord

Si l'Île-de-France concentre encore la majorité des infrastructures françaises de données, c'est dans les Hauts-de-France que les annonces les plus spectaculaires se multiplient. La région pourrait devenir le nouvel épicentre des investissements liés à l'intelligence artificielle, avec des promesses de dépenses atteignant plusieurs dizaines de milliards d'euros. Ce basculement s'explique par une conjonction d'avantages : une position stratégique au cœur du nœud européen de connectivité Francfort-Londres-Amsterdam-Paris (FLAP), une électricité largement décarbonée grâce au parc nucléaire, et la disponibilité de vastes friches industrielles à réhabiliter.

Les projets phares annoncés

Parmi les annonces les plus marquantes, le groupe japonais SoftBank s'est engagé à investir 45 milliards d'euros pour construire trois centres de données d'une puissance de calcul d'un gigawatt chacun dans la région d'ici 2031. Ce montant représente à lui seul près de la moitié des engagements étrangers recueillis lors du sommet Choose France de juin 2026.

Dans la même dynamique, l'opérateur européen Data4, filiale du fonds canadien Brookfield, prévoit jusqu'à 30 milliards d'euros pour deux autres méga-centres de données dans le Nord. Ces infrastructures visent à répondre à la demande croissante en capacité de calcul nécessaire à l'entraînement et au déploiement des modèles d'IA.

Des atouts territoriaux et une méthode reconnue

Les acteurs locaux mettent en avant la capacité d'accélération des procédures, déjà éprouvée pour les usines de batteries pour véhicules électriques qui ont vu le jour ces dernières années dans les Hauts-de-France. Trois sites de la région bénéficient depuis 2025 d'une offre de raccordement accéléré au réseau très haute tension géré par RTE, ce qui constitue un avantage décisif pour des installations extrêmement gourmandes en électricité. Le coût du foncier logistique, moins élevé que dans les pays voisins, est également un facteur d'attractivité.

Un sommet régional pour marquer l'élan

Le président (LR) de la région, Xavier Bertrand, a organisé à Lille un sommet dédié à l'intelligence artificielle, présenté comme un « acte II français » après la rencontre internationale de Paris en 2025. Ce rassemblement a réuni experts et dirigeants économiques, témoignant de la volonté politique locale de capter ces investissements. « On est à fond sur le sujet », a résumé M. Bertrand, soulignant la collaboration entre la collectivité, l'État et les entreprises.

Carte des sites identifiés

Si les localisations précises de plusieurs projets restent à finaliser, certains secteurs sont déjà identifiés comme zones d'accueil prioritaire. Les trois sites bénéficiant du raccordement rapide au réseau très haute tension constituent des points d'ancrage. La région mise sur la réutilisation de grandes emprises foncières issues de l'industrie lourde, notamment dans l'ancien bassin minier et les zones portuaires. Ces emplacements offrent à la fois la surface nécessaire et l'accès aux infrastructures énergétiques et de fibre optique.

Impact et perspectives

L'ampleur des sommes évoquées – plusieurs dizaines de milliards d'euros – dépasse de loin les investissements industriels récents en France. Ces centres de données posent toutefois des défis en matière de consommation électrique et de refroidissement (avec besoin en eau), même si l'énergie nucléaire limite l'empreinte carbone directe. Les acteurs publics et privés mettent en avant la création d'emplois et le renforcement de la souveraineté numérique européenne. Dans les mois à venir, les annonces de nouveaux sites devraient se préciser, consolidant le positionnement des Hauts-de-France comme « vallée de l'IA ».