Le 10 juillet 1976, à 12 h 37, la soupape de sécurité d’un réacteur de l’usine Icmesa, propriété du groupe Givaudan (lui-même filiale du géant pharmaceutique Hoffmann-La Roche), cède sous l’effet d’une surchauffe. Un nuage chargé de dioxine s’abat sur les communes de Meda, Seveso, Cesano Maderno et Desio, dans le nord de l’Italie. Cinquante ans plus tard, la ville donne son nom à une directive européenne sur les risques industriels, et les autorités commémorent le drame, tandis que les stigmates environnementaux et sanitaires sont toujours visibles.

Une commémoration présidentielle Pour marquer ce demi-siècle, le président italien Sergio Mattarella assiste ce vendredi à une cérémonie organisée au Bosco delle Querce (Bois des Chênes), un parc naturel de 43 hectares aménagé dans les années 1980 sur la zone la plus exposée. Le gouverneur de la Lombardie, Attilio Fontana, est également présent. Selon le programme, un premier rassemblement est prévu à 10 h 40 devant le grand peuplier, suivi à 11 h d’une cérémonie institutionnelle sous chapiteau, avec discours, projections vidéo et témoignages.

Le poison le plus puissant connu Ce jour de juillet 1976, entre 15 et 40 kilogrammes de dioxine se sont échappés du réacteur. Paolo Mocarelli, alors directeur du service de médecine de laboratoire à l’hôpital de Desio, qualifie cette substance de « poison le plus puissant connu ». Les conséquences immédiates sont terribles : des animaux meurent, les feuilles jaunissent, des cloques et brûlures apparaissent sur la peau des habitants. Au total, plus de 30 000 personnes ont été exposées. Près de 200 personnes, principalement des enfants, développent une chloracné, affection cutanée sévère. Quelque 700 habitants sont évacués et une quarantaine de maisons sont rasées, leurs débris enfouis dans des cuves sous le futur Bois des Chênes. Environ 3 000 animaux domestiques périssent et 77 000 têtes de bétail sont abattues.

Les études épidémiologiques menées dans les années suivantes ont mis en évidence des troubles endocriniens, des modifications de la fonction thyroïdienne, une réduction de la fertilité, ainsi qu’une augmentation des risques de diabète et de cancers du sang parmi la population touchée. En 2009, le Centre international de recherche sur le cancer a classé la dioxine comme cancérogène pour l’humain. Elle peut également provoquer des lésions graves du système nerveux et cardiovasculaire, du foie et des reins, et entraîner des malformations fœtales ou des fausses couches.

Les terres contaminées cinquante ans plus tard Cinquante ans après, la dioxine est toujours présente dans le sol. Un reportage effectué dans la zone montre que, le long de la route nationale reliant Milan au lac de Côme, de grandes bâches noires couvrent des parcelles de terre qui viennent d’être dépolluées. Un tronçon d’autoroute doit y être construit, ce qui oblige à retirer la terre contaminée. Cette opération ravive les craintes de certains habitants. Sur le marché de Seveso, Davide Biggi confie redouter que les problèmes de santé ne réapparaissent avec le déplacement des terres, à quelques centaines de mètres de là.

L’héritage réglementaire Le désastre de Seveso a directement inspiré la directive européenne dite « Seveso », adoptée en 1982, qui impose aux États membres d’identifier et de contrôler les établissements industriels présentant des risques d’accident majeur impliquant des substances dangereuses. Aujourd’hui, les sites sont classés « Seveso seuil bas » ou « Seveso seuil haut » selon la quantité et le type de produits manipulés. La réglementation a été renforcée à plusieurs reprises, notamment après des accidents comme celui de l’usine AZF à Toulouse en 2001.

Le 10 juillet 2026, l’Italie commémore donc à la fois la mémoire des victimes et les leçons d’une catastrophe qui a transformé la prévention industrielle en Europe. Mais le symbole reste ambigu : sur place, le sol n’a pas livré tous ses poisons.