Un outil de déverrouillage malgré une rupture annoncée
Des chercheurs en sécurité ont mis au jour des éléments indiquant que des services russes ont utilisé un dispositif de la firme israélienne Cellebrite pour accéder au téléphone portable d’Andrei Pivovarov, figure de l’opposition politique. Cette opération serait intervenue après que Cellebrite eut officiellement cessé toute relation commerciale avec la Russie en raison de l’invasion de l’Ukraine.
Le cas d’Andrei Pivovarov, ancien dirigeant de l’ONG « Russie ouverte » et critique du Kremlin, illustre les failles des mécanismes de contrôle des exportations de technologies de surveillance. Arrêté en 2021, il a été condamné à deux ans et neuf mois de prison pour avoir « dirigé une organisation indésirable ». Son téléphone, un iPhone, aurait été analysé à l’aide d’un équipement Cellebrite, permettant aux enquêteurs d’en extraire des données.
Des preuves numériques accablantes
Les experts ont identifié des traces logicielles caractéristiques des outils de Cellebrite, notamment le logiciel UFED (Universal Forensic Extraction Device), dans les données extraites du téléphone de l’activiste. Selon les informations dont ils disposent, l’extraction aurait eu lieu en mars 2022, soit plusieurs mois après que l’entreprise eut annoncé, en mars 2022 justement, la suspension de ses activités en Russie.
Cette chronologie soulève des questions sur l’efficacité des restrictions volontaires adoptées par les entreprises de technologies de surveillance. Cellebrite avait déclaré avoir mis fin à ses contrats avec la Russie, mais les preuves suggèrent que les autorités russes ont pu conserver un accès aux appareils, soit par des stocks déjà livrés, soit par des intermédiaires.
Réactions et implications
Contactée, la direction de Cellebrite n’a pas commenté ces révélations dans l’immédiat. L’entreprise s’était engagée à ne plus fournir ses technologies à des États jugés non démocratiques, mais cet incident montre les limites de telles promesses lorsque les outils sont déjà en circulation.
Andrei Pivovarov, qui a depuis été libéré et a quitté la Russie, a dénoncé cette utilisation. Dans une déclaration, il a estimé que « la vente d’outils de surveillance sans contrôle rigoureux permet aux régimes autoritaires de réprimer la dissidence ».
Cette affaire intervient dans un contexte de débats accrus sur l’exportation de technologies duales, capables d’être détournées à des fins de répression politique. Plusieurs organisations de défense des droits humains appellent à un encadrement plus strict des ventes d’équipements de cybersurveillance.
Un précédent inquiétant
Le cas Pivovarov n’est pas isolé. Des experts en sécurité avaient déjà signalé que des produits Cellebrite continuaient d’être utilisés en Russie malgré l’embargo. La difficulté de tracer ces appareils après leur vente initiale rend leur contrôle presque impossible.
Cette enquête met en lumière les faiblesses des engagements volontaires des entreprises du secteur, souvent incapables de garantir que leurs technologies ne seront pas employées contre des opposants politiques. Alors que la pression monte pour une régulation internationale, cet exemple pourrait servir de catalyseur pour des mesures plus contraignantes.