Au terme d'une journée de vote marquée par une forte mobilisation, les électeurs colombiens se dirigent vers un second tour de l'élection présidentielle. Les projections initiales, communiquées par les autorités électorales dimanche soir, créditent le candidat outsider Abelardo de la Espriella d'environ 43 % des suffrages, contre 42 % pour le vétéran de gauche Ivan Cepeda, alors que la moitié des bulletins avaient été dépouillés. Aucun des deux hommes ne semble en mesure d'atteindre la majorité absolue nécessaire pour être élu dès le premier tour, ce qui conduit à une confrontation programmée dans les semaines à venir.
Des programmes radicalement différents
La campagne a été dominée par les thèmes de la sécurité, de la pauvreté et de la santé, sur lesquels les deux finalistes proposent des approches diamétralement opposées. Ivan Cepeda, fils d'un dirigeant communiste assassiné, entend poursuivre une stratégie de négociation avec les groupes armés illégaux et les cartels de la drogue, une politique de « paix totale » qui n'a jusqu'ici produit que des résultats limités sous l'administration sortante. Il prône une redistribution plus équitable des richesses, via un relèvement de la fiscalité sur les hauts revenus, afin de financer une extension du système de santé colombien. Il propose également de céder un million d'hectares de terres aux victimes du conflit armé qui a meurtri le pays durant six décennies.
De son côté, Abelardo de la Espriella mise sur une ligne dure contre les groupes criminels, promettant une offensive musclée et la construction de dix « méga-prisons » pour y enfermer les délinquants. Pour lutter contre les inégalités, il mise sur un renforcement du système éducatif plutôt que sur une augmentation des impôts.
Le spectre de la violence persistante
Malgré l'accord de paix signé en 2016, la Colombie reste en proie à la violence de groupes armés, de guérillas et de trafiquants de drogue. Ces dernières semaines, la question sécuritaire a dominé les débats, les candidats promettant de mettre fin à l'impunité et de rétablir l'ordre dans les campagnes et les villes. Le duel à venir entre Ivan Cepeda et Abelardo de la Espriella incarne ainsi le choix fondamental entre la poursuite des pourparlers de paix et l'instauration d'un État paternaliste et répressif.
L'enjeu de l'abstention et de l'économie
Un troisième candidat, Valencia, a également marqué la campagne en proposant des baisses d'impôts pour les entreprises afin de créer des emplois et de réduire la pauvreté. Il a plaidé pour un financement des programmes sociaux et de la santé par une relance de l'exploration pétrolière et gazière, et non par une hausse de la fiscalité. Sa performance électorale, bien qu'insuffisante pour le propulser au second tour, pourrait peser sur les reports de voix dans l'entre-deux-tours.
Le second tour, qui s'annonce extrêmement serré, verra les deux candidats tenter de convaincre les électeurs de Valencia ainsi que les abstentionnistes. La campagne s'annonce âpre, chaque camp cherchant à capitaliser sur les craintes sécuritaires ou sur l'espoir d'une paix négociée. Le prochain locataire du palais présidentiel devra trancher entre deux visions du futur de la Colombie.